Enrichissement des plus riches pendant la crise sanitaire : "C'est une des conséquences du 'quoi qu'il en coûte'", selon un économiste

L'économiste Mathieu Plane y voit le grand paradoxe de la crise sanitaire mondiale, qui a conduit notamment à une intervention très forte des pouvoirs publics, des Etats et surtout des banques centrales pour faciliter la reprise de l'économie. 

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Le milliardaire français Bernard Arnault lors d'une assemblée d'actionnaires de LVMH, le groupe de luxe qu'il possède. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

L'économiste Mathieu Plane, directeur adjoint du département Analyse et prévision de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), estime lundi 17 janvier sur franceinfo que l'enrichissement des plus riches pendant la crise sanitaire "est une des conséquences du 'quoi qu'il en coûte' qui est très nette" mais rappelle que ce n'était pas "volontaire" de la part des gouvernements. Oxfam a publié un rapport lundi montrant que la fortune des dix hommes les plus riches du monde avait doublé depuis le début de la crise sanitaire, tandis que les revenus de 99% de l'humanité avaient fondu.

franceinfo : Est-ce que l'accroissement de la richesse des plus riches est une conséquence du "quoi qu'il en coûte" pendant la crise sanitaire ?

Mathieu Plane : Je ne pense pas que ce soit volontaire, ce n'était pas le but recherché du "quoi qu'il en coûte" mais en tout cas, c'est une des conséquences du "quoi qu'il en coûte" qui est très nette. C'est le grand paradoxe de cette crise sanitaire mondiale avec un choc économique sans précédent, car elle a conduit notamment à une intervention très forte des pouvoirs publics, des Etats et surtout des banques centrales pour faciliter la reprise de l'économie. Cela a injecté énormément de liquidités dans le système économique et elles ont profité notamment à un certain nombre d'actifs financiers, en particulier les bourses ou même les actifs immobiliers. Au sein de la Bourse, par exemple, tous les géants du numérique ont extrêmement bénéficié des effets de cette crise. Le secteur du luxe s'en est très bien tiré. Ces milliardaires qui sont placés sur ce type de production ont beaucoup bénéficié de cette politique monétaire. La valeur aujourd'hui des bourses, des actifs financiers est très, très élevée et leur patrimoine a explosé.

Qu'est-ce que cela signifie concrètement en matière d'inégalités ?

On voit une sorte de déconnexion entre l'économie réelle et une forme d'économie financière, qui s'est accentuée avec cette crise. Les patrimoines n'ont jamais été aussi élevés dans le monde, c'est ça qui est quand même assez intéressant, et forcément les patrimoines sont beaucoup plus inégalitaires que les revenus. Donc ça montre une encore plus grande concentration des richesses que ce qu'on avait avant, alors même qu'on se retrouve dans des situations à la fois de marché du travail, des situations de pauvreté dans les pays qui sont très délicates et puis le fait aussi qu'il y a des dettes et déficits publics très élevés. Donc d'un côté, on voit un enrichissement très fort qui n'était pas forcément le choix des gouvernements mais de fait les politiques économiques ont favorisé les augmentations des patrimoines existants. Et puis, on a quelque chose de très particulier, c'est que beaucoup de ménages ont énormément épargné pendant la crise et, en général, ce sont les plus hauts revenus qui épargnent le plus. Par conséquent, on se retrouve avec à la fois une augmentation de la pauvreté et une augmentation de l'épargne et des patrimoines.

La question de la taxation de l'héritage et du patrimoine se pose-t-elle ?

Oui. A terme, elle se posera de toute façon mais, et c'est le grand paradoxe, c'est en même temps un impôt qui est très impopulaire. On ne voit pas beaucoup de candidats à la présidentielle qui vont sur ce terrain-là et en même temps les inégalités patrimoniale explosent. On note que beaucoup des grosses fortunes sont des héritiers donc ce n'est pas à la constitution de création de richesse, c'est la transmission qui est très forte. C'est vrai que cette fiscalité permet de rétablir quelque part l'égalité des chances, mais c'est un impôt qui est très impopulaire. Seulement à peu près 20% des ménages paient des droits de succession en France, or une grande majorité des Français sont contre cet impôt. Après la question est : où est-ce qu'on mettrait le seuil ? Comment on le fait ? Et puis, il y a aussi autre chose, c'est qu'il y a une concurrence fiscale entre les pays. La France est l'un des pays qui impose déjà le plus. C'est comme le taux d'imposition mondial sur les géants du numérique et les multinationales, ce sont des choix qui devraient se faire pratiquement au niveau mondial pour éviter ces risques de concurrence fiscale. Ce sont de vrais défis pour les années à venir.

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