"Il y a deux poids, deux mesures" : la hausse de salaire des policiers fait grincer des dents les autres fonctionnaires

Les agents de la fonction publique, notamment les soignants et les enseignants, s'estiment "oubliés" par le gouvernement. 

Une manifestation de fonctionnaires à Dijon (Côte-d\'Or), le 22 mai 2018. 
Une manifestation de fonctionnaires à Dijon (Côte-d'Or), le 22 mai 2018.  (KONRAD K./SIPA)

Après une journée de protestation, les policiers ont obtenu une revalorisation de leurs salaires, mercredi 19 décembre. Après plusieurs semaines de mobilisation des "gilets jaunes", l'exécutif a pris une décision express pour ne pas voir s'allumer un autre foyer de contestation. "C'est une belle avancée, on ne s'attendait pas à un tel revirement" du gouvernement, s'est même étonné le secrétaire national du syndicat Unité SGP Police-FO sur franceinfo. De quoi faire grincer des dents du côté des autres agents de la fonction publique, qui se sentent à l'écart des récentes mesures prises en faveur du pouvoir d'achat, comme le souligne un enseignant sur Twitter, jeudi. 

"On sait bien que certaines catégories d'agents de la fonction publique pèsent plus que d'autres. Pour les policiers, c'est bien, mais c'est un signal négatif pour les autres", estime Mylène Jacquot, secrétaire nationale de la CFDT Fonctions publiques, contactée par franceinfo.

Les fonctionnaires sont par ailleurs peu concernés par les mesures annoncées dans le cadre du mouvement des "gilets jaunes". En 2019, seul un fonctionnaire sur huit touchera la prime d'activité revalorisée de 120 euros, comme l'a indiqué la ministre de la Santé Agnès Buzyn, devant la commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale.

"Des travailleurs pauvres dans la fonction publique"

"C'est regrettable d'être amené à prendre des mesures sous la pression, dans l'urgence, alors qu'on demande l'ouverture de négociations salariales pour l'ensemble de la fonction publique", poursuit Mylène Jacquot. Parmi les revendications listées par la représentante CFDT figurent "le dégel du point d'indice, une participation financière de l'Etat plus importante à nos complémentaires prévoyance", une hausse de la CSG "véritablement compensée", comme dans le secteur privé, et la "possibilité de verser des primes exceptionnelles aux agents publics".

"On n'est pas des privilégiés, contrairement à ce que pensent certaines personnes", renchérit auprès de franceinfo Céline Verzeletti, secrétaire nationale de la CGT Fonction publique. On compte aussi beaucoup de travailleurs pauvres dans nos rangs." Selon elle, l'intersyndicale qui doit se réunir en début d'année prochaine tentera de faire converger les mobilisations des différents secteurs de la fonction publique sur des dates communes pour entamer un bras de fer avec le gouvernement. 

Cela nous donne raison quand on dit qu'il faut créer un rapport de force. Sinon, on n'a rien du tout, voire des régressions sociales.Céline Verzeletti, secrétaire nationale de la CGT Fonction publiqueà franceinfo

Même son de cloche du côté des enseignants. "Il y a une accumulation de colère et la situation va continuer à se tendre dans la fonction publique, y compris dans l'Education nationale, qui est un gros bataillon", prédit Stéphane Crochet, secrétaire général du syndicat des enseignants du secondaire, SE-Unsa. "Inévitablement, la mesure annoncée pour les policiers ne passe pas inaperçue auprès des enseignants, souligne-t-il auprès de franceinfo. Il serait malvenu de déplorer ce geste pour les forces de l'ordre, qui sont en première ligne depuis des mois, avec une rémunération réellement faible. Mais dans l'éducation, il y a aussi des agents qui auraient besoin de mesures d'urgence, comme les accompagnants d'élèves handicapés (AESH), qui gagnent environ 700 euros par mois", ajoute-t-il.

"Un manque de reconnaissance"

"On nous donne des heures sup' par-ci, des primes au mérite par-là. Mais plus globalement, il faut que l'employeur public ouvre des négociations salariales", poursuit Stéphane Crochet. Objectif numéro 1, selon lui : "revaloriser le début de carrière pour relancer l'attractivité du métier".

Les enseignants ont le sentiment d'être en dehors des radars de l'exécutif. On leur impose des réformes, on ne prend pas en compte un exercice du métier au quotidien de plus en plus difficile.Stéphane Crochet, secrétaire général du syndicat SE-Unsaà franceinfo

La fonction publique hospitalière n'est pas en reste. "Les situations de mal-être dans les établissements de santé sont légion, avec un manque de reconnaissance, l'épuisement professionnel, le stress, les suicides..." énumère Thierry Amouroux, secrétaire générale du Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI-CFE-CGC). 

Il y a deux poids, deux mesures. Je suis persuadé que les policiers méritent la revalorisation qu'ils ont eue, vu leurs conditions de travail, mais les soignants en mériteraient une aussi.Thierry Amouroux, secrétaire général du SNPI-CFE-CGCà franceinfo

Les seize organisations infirmières avaient appelé les 660 000 praticiennes et praticiens à faire grève et à manifester le 20 novembre. Comme l'indiquait France Inter, "la profession s'estime maltraitée, méprisée même, par un exécutif qui, à ses yeux, ne reconnaît pas leurs compétences, ni leurs diplômes, à leur juste valeur"

Pour Thierry Amouroux, il y a fort à parier que le mouvement reprenne en début d'année prochaine. "Avec l'arrivée du prélèvement à la source, février va être chaud", pronostique-t-il. Après les "gilets jaunes" et les policiers, les autres agents de la fonction publique pourraient bien, à leur tour, faire entendre leur voix.