Finistère : l'hôpital de Quimperlé a rémunéré un médecin pendant 30 ans alors qu'il était absent

Pour la seule période comprise entre 2012 et 2016, cette affaire représente un coût total de 5,5 millions d'euros pour l'hôpital.

L\'hôpital de Quimperlé (Finistère), photographié en 2007.
L'hôpital de Quimperlé (Finistère), photographié en 2007. (MAXPPP)

Il était payé à ne rien faire depuis trente ans. Un médecin qui n'exerçait plus a continué à être rémunéré pendant trois décennies par l'hôpital de Quimperlé (Finistère), épinglé par un rapport de la chambre régionale des comptes de Bretagne publié jeudi 21 décembre.

Le praticien, dont le nom n'est pas cité, avait été nommé chef de service en 1984 au centre hospitalier de Quimperlé. "Depuis cette date, plusieurs rapports émanant de diverses instances (...) ont relevé des problèmes quant à la manière de servir de ce médecin, mentionnant par exemple 'une incompétence avérée' ainsi que des problèmes de comportement, tant vis-à-vis du personnel que des patients, incompatibles avec ses fonctions", indique la chambre dans son rapport.

Mais ce médecin a néanmoins gardé sa place dans l'établissement. Pour la seule période comprise entre 2012 et 2016, cette affaire représente un coût total de 5,5 millions d'euros. "Outre un déficit d'image, il en est résulté un coût salarial de 130 000 euros par an et une privation de recettes annuelles estimée à 980 000 euros pour l'hôpital", détaillent les magistrats.

Près de 7 400 euros brut par mois

La chambre dénonce une "situation irrégulière, liée à une volonté de défense du corps des praticiens hospitaliers", qui "contrevient à l'intérêt général, aux intérêts du système de santé publique et de protection sociale et altère la pérennité financière de l'établissement".

En 2004, l'agence régionale de l'hospitalisation (ARH) a même attribué une enveloppe de 124 000 euros par an à l'hôpital pour "compenser le surcoût lié à ce praticien sans affectation ni activité". En 2010, le directeur de l'hôpital lui a demandé de faire valoir ses droits à la retraite, mais le médecin a refusé. Au 31 octobre 2016, il percevait une rémunération brute de près de 7 400 euros par mois.

"Nous avons travaillé en concertation avec l'agence régionale de santé pour régler le problème. Le médecin a pris sa retraite en janvier", a réagi Carole Brision, nouvelle directrice de l'hôpital de Quimperlé, précisant que "la chambre régionale avait mis en évidence la bonne maîtrise salariale de l'établissement".