"Ça ne permet pas de dormir tranquille" : un ancien précaire de la fonction publique raconte ses difficultés

Alors que le gouvernement veut renforcer la possibilité de recourir aux contractuels dans la fonction publique, l'un d'eux raconte à franceinfo les difficultés qu'il a rencontrées à cause de ce statut.

Une manifestation des fonctionnaires de la finance publique, le 14 mars 2019, près du ministère de l\'Economie et des Finances.
Une manifestation des fonctionnaires de la finance publique, le 14 mars 2019, près du ministère de l'Economie et des Finances. (- / AFP)

"Un poids s'est enlevé", reconnaît un tout jeune fonctionnaire, titularisé il y a peu de temps, après deux années en tant que contractuel dans l'administration judiciaire. Alors que le projet de loi sur la fonction publique est au menu du Conseil des ministres du mercredi 27 mars, le jeune homme est soulagé d'avoir pu accéder à un emploi définitif grâce à un concours. En effet, le texte du gouvernement, qui prévoit notamment la suppression de 120 000 postes d'ici 2022, autorise aussi un recours accrus aux contractuels, ces agents employés en contrats courts. La mesure fait débat.

"Je ne pensais pas que ce serait aussi fort parce que je fais toujours le même métier, au même endroit", raconte ce jeune homme, qui a été confronté aux conséquences de la précarité dans sa vie personnelle. Il s'est lancé dans la fonction publique après dix ans à travailler dans le secteur associatif, dans le même domaine. "Ça a été un choix de vie, mais un peu à l'envers", confie celui qui a découvert un quotidien bien éloigné de ce qu'il attendait. "Je suis passé d'une situation d'emploi assez classique à une situation de précarité, ce que je ne pensais pas retrouver en étant dans la fonction publique. Il y a donc une disponibilité moindre pour effectuer son boulot."

Beaucoup de contractuels dans les équipes

Il découvre "des équipes à moitié constituées de contractuels où la chaîne hiérarchique est aussi composée de contractuels". Cela a des conséquences pour la continuité et la qualité du service, qui ne sont pas à la hauteur de ce qu'il espérait. "On prend en charge des gens et on sait qu'il y aura parfois besoin de plusieurs années, mais on ne sait pas si on va pouvoir durer, comment on va pouvoir transmettre les choses ou accompagner correctement", déplore ce jeune homme mince, à la barbe taillée court. 

Il a le sentiment de ne pas pouvoir s'exprimer. "Toute forme de parole est vécue comme de la désobéissance donc on vous met sous pression facilement, raconte-t-il. Ça ne permet pas de dormir tranquille." Renouvelé parfois du jour au lendemain, sur des durées variables, il accumule les contrats. 

Des inégalités entre contractuels

Il constate des inégalités avec les titulaires. "On est payés moins, on n'est pas sur les grilles et on n'a pas de possibilité d'évolution. Cependant, il y en a qui renégocient." Ces inégalités existent également entre contractuels. "Quand je suis arrivé, j'ai dû faire une concession salariale mais l'écart était tellement important que j'ai pu négocier une reprise d'ancienneté et de savoir-faire. En arrivant dans l'équipe au sein de laquelle je travaillais, je me suis rendu compte que j'étais le seul des contractuels à avoir ça." Selon lui, cela engendre "des divisions parce que ça crée des jalousies".

Il regrette aussi que l'administration ne s'attache pas assez à contrôler les allers retours entre le secteur public et les entreprises privées. Ces échanges génèrent un risque de conflits d'intérêt que le projet de loi n'anticipe pas assez selon lui.