GM&S : quatre questions pour comprendre les enjeux autour du sort du sous-traitant automobile

Le nouveau ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, a obtenu un sursis avec des commandes de la part de PSA et Renault. Les syndicats sont sceptiques. 

Des représentants syndicaux de GM&S arrivent à la préfecture de la Creuse, à Guéret, lundi 22 mai 2017. 
Des représentants syndicaux de GM&S arrivent à la préfecture de la Creuse, à Guéret, lundi 22 mai 2017.  (PASCAL LACHENAUD / AFP)

L'entreprise GM&S est-elle sauvée ? Les constructeurs automobiles Renault et PSA se sont engagés, dimanche 21 mai, à augmenter fortement leurs commandes à l'équipementier automobile en difficulté, lui permettant de poursuivre pour l'instant son activité. Le nouveau ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, s'emploie à éviter la liquidation. Mais les syndicats restent sceptiques face à ces engagements.

Franceinfo vous explique les enjeux économiques et politiques autour du sort de cette entreprise, deuxième employeur privé du département de la Creuse.  

Dans quelle situation se trouve GM&S ?

L'entreprise, basée à La Souterraine (Creuse), souffre d'un déficit de commandes. Après la défection d'un repreneur potentiel, le sous-traitant automobile a été placé en redressement judiciaire en décembre. Depuis, les salariés n'ont cessé de faire monter la pression pour obtenir des engagements de la part de PSA et Renault, de loin leurs principaux clients. 

L'annonce de l'augmentation des commandes des deux constructeurs tombe in extremis. Mardi, le tribunal de commerce de Poitiers doit en effet examiner l'avenir du site. Lors d'une nouvelle audience, il devra se pencher sur la liquidation judiciaire de l'entreprise. 

Selon le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, qui s'est entretenu durant le week-end avec le PDG du groupe Renault, Carlos Ghosn, et le président du directoire de PSA, Carlos Tavares, Renault devrait doubler ses commandes pour les porter de 5 à 10 millions d'euros et PSA les augmenter de 10 à 12 millions d'euros. Soit au total, avec le reste des commandes, un montant assuré de 25 millions d'euros de chiffre d'affaires. Les deux constructeurs évoquaient jusqu'à présent un chiffre de 16 millions d'euros annuels de commandes, un niveau permettant le maintien de 90 à 100 emplois sur environ 280 actuellement.

Que veulent les syndicats ?

Pour les syndicats, les nouvelles commandes promises après l'intervention du ministère de l'Economie sont insuffisantes. Selon eux, il faudrait atteindre au moins 35 millions d'euros de commandes pour maintenir le site. "C'est un tout petit pas (...), il reste encore de la marge pour sauver le maximum d'emplois", a déclaré Philippe Martinez, numéro 1 de la CGT, invité d'Europe 1. Les syndicats veulent par ailleurs obtenir des précisions sur la nature des promesses des commandes de PSA et Renault. 

"On n'a pas de lettre d'engagement, il faut que ça se concrétise noir sur blanc" et "puis il faut que le gouvernement écrive au tribunal [de commerce] pour reporter la décision" de mardi, a poursuivi Philippe Martinez, qui a appelé les salariés, qui occupent leur usine depuis le 11 mai, à "continuer" leur mobilisation. 

"C'est un signe fort envoyé par le gouvernement, c'est une prise en compte du dossier, mais ce n'est pas suffisant", a également réagi sur franceinfo Vincent Labrousse, délégué CGT de l'usine de la Souterraine. Les salariés seront donc de nouveau mobilisés devant le tribunal de commerce mardi à 15 heures, pour défendre leurs emplois.

Enfin, selon les représentants des salariés, les sociétés GMD et Magneto pourraient être intéressées par un rachat. Aussi l'intersydicale "souhaite que le tribunal de commerce demande une prolongation de la période d'observation pour permettre d'ouvrir les discussions" officiellement avec les deux constructeurs.

Quel est l'enjeu politique pour le gouvernement ?

L'usine est occupée depuis le 11 mai par les salariés, qui affirment l'avoir "piégée" avec des bonbonnes de gaz. Le 16 mai, une marche organisée à La Souterraine pour les soutenir a rassemblé 1 200 personnes, dont les ex-candidats à la présidentielle Jean-Luc Mélenchon et Philippe Poutou. Bref, il s'agit d'un baptême du feu social pour le nouveau président, Emmanuel Macron, et le gouvernement d'Edouard Philippe. 

Comme Vivarte, Whirlpool et Tati, le cas de GM&S est crucial pour l'exécutif, qui doit montrer sa façon de régler ces épineux dossiers. Le communiqué de Bercy insiste ainsi sur le fait que l'entreprise, deuxième employeur privé de la Creuse, "devra adapter son organisation afin de gagner davantage en compétitivité".

Quels sont les enjeux économiques ?

GM&S est le deuxième employeur privé de la Creuse, un moteur essentiel pour ce bassin économique de 26 000 habitants. Sur le marché, l'inquiétude est palpable : "Moi j'ai été médecin pendant des années dans cette ville. Parmi eux, il y en a beaucoup que j'ai suivis, ou que j'ai soignés, des familles entières, et je comprends que ce soit dramatique pour eux bien sûr", explique à franceinfo un médecin à la retraite.

Les élus redoutent une fermeture du site, car si le sous-traitant emploie 277 salariés, 800 emplois seraient concernés par ricochet.