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A Florange, "il n'y aura pas de pop-corn" pour accueillir Hollande

Le président de la République se rend sur le site d'ArcelorMittal à Florange. Les salariés du site sinistré attendent de pied ferme le chef de l'Etat, accusé de les avoir abandonnés.

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France Télévisions
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Des représentants syndicaux de la CFDT installent un drapeau noir sur le site ArcelorMittal de Florange (Lorraine), le 25 avril 2013, peu après la fermeture définitive des hauts-fourneaux. (JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP)

Pour les ouvriers de Florange, c'est peut-être la seule promesse que François Hollande aura tenue : le président de la République est de retour, jeudi 26 septembre, sur le site sinistré d'ArcelorMittal en Lorraine, plus de dix-huit mois après sa dernière visite sur les lieux, en tant que candidat à la présidentielle.

Les salariés de Florange s'en souviennent bien. C'était le 24 février 2012 : il se tenait devant eux, juché sur la camionnette de l'intersyndicale, et il avait promis de "tout faire" pour sauver le site. Il avait croqué avec appétit dans sa merguez, pris la pose avec des salariés gonflés d'espoir.

Ils l'ont cru, ils ont été amèrement déçus : car si François Hollande a bien gagné, Florange a tout perdu. Après une intense bataille politique et syndicale, les deux derniers hauts-fourneaux du site lorrain ont été mis à l'arrêt fin avril. Un échec que le chef de l'Etat va devoir assumer. 

"On a besoin d'explications"

Les 629 salariés dont le poste a été supprimé comme les leaders syndicaux l'attendent de pied ferme."On a besoin d'explications", souligne Walter Broccoli, responsable local de Force ouvrière (FO), qui espère pouvoir "parler franchement" au président. Joint par francetv info, il dit "n'avoir toujours pas compris pourquoi [François Hollande] n'avait pas voulu appliquer le plan de Montebourg".

A l'époque, le ministre du Redressement productif avait brandi la menace de la nationalisation du site face à l'attitude du propriétaire Lakshmi Mittal. Mais Jean-Marc Ayrault, avec l'appui de l'Elysée, en avait décidé autrement et avait annoncé un accord avec le sidérurgiste.

Les compagnons de lutte de Florange ne l'ont jamais digéré. "Nous, on estime que chaque salarié a été bafoué", explique Lionel Burriello, secrétaire général de la CGT à Florange, à francetv info. "On est dans l'indignation, la révolte." Son syndicat a appelé à un rassemblement de protestation, jeudi matin, pendant la visite du chef de l'Etat.

Des griefs et des demandes

Objectif : montrer leur mécontentement, mais aussi tenter d'obtenir des garanties supplémentaires sur les parties du site restant en activité. L'avenir de la filière "packaging", qui produit les emballages fins de type cannettes, suscite ainsi toujours des inquiétudes, à Florange et sur d'autres sites du groupe.

Walter Broccoli espère aussi un geste du chef de l'Etat envers les salariés directement concernés par les suppressions de poste, et en particulier la défiscalisation des primes prévues dans le cadre de l'accord avec ArcelorMittal.

Walter Broccoli (G) et Frédéric Weber (D), du syndicat Force ouvrière, brandissent la stèle des "promesses non tenues" de François Hollande, le 24 avril 2013 sur le site ArcelorMittal de Florange (Lorraine). ( MAXPPP)

"C'est un combat où on a morflé. S'il veut redorer son blason, qu'il ne vienne pas les mains dans les poches, avertit de son côté Lionel Burriello. Ce n'est pas nous qui avons demandé à ce qu'il revienne, et il n'y aura pas de pop-corn à l'entrée."

"Loi Florange", "Pacte Lorraine" : l'Elysée devra convaincre

Jusqu'ici, les lots de consolation concoctés par le gouvernement n'ont fait qu'ajouter à l'amertume des salariés. A l'image de la fameuse "loi Florange", promise en février 2012 par le candidat Hollande, qui devait empêcher le propriétaire d'un site viable de fermer ce dernier, en l'obligeant à le vendre à un repreneur."Elle était bien cette loi, elle était super, elle était au top", soupire plein d'amertume Walter Broccoli.

Las ! Le texte qui doit être voté le 1er octobre par les députés, plusieurs fois remanié, a été fortement édulcoré. Il oblige seulement les entreprises de plus de 1 000 salariés à rechercher un repreneur, sous peine de pénalités plafonnées à 2% du chiffre d'affaires. "Pour nous, le texte ne vaut plus rien", explique le représentant de FO.

Face à cette vague de mécontentement, l'Elysée tente de faire contre-poids. Les services du chef de l'Etat ont ainsi mis au programme de la visite une présentation généreuse du "Pacte Lorraine", un ensemble d'investissements de 300 millions d'euros sur trois ans en faveur de projets industriels lorrains jugés innovants. Mais Walter Broccoli a passé au crible les 16 "actions" prévues par le Pacte : "Il n'y a absolument rien sur Florange."

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