VIDEO. Covid-19 : "Nous sommes effondrés" même si "on comprend" le couvre-feu, réagit le PDG du groupe Accor

Le groupe a préféré céder une partie de son parc immobilier plutôt que de prendre un prêt garanti par l'État. Il prévoit de 1 000 à 1 200 suppressions de postes dans le monde dont 300 à 400 en France.

FRANCEINTER / RADIOFRANCE

"Nous sommes effondrés. En fait, on en a un peu ras-le-bol. On comprend la décision prise par le gouvernement. On comprend l'existence de cette pandémie, la deuxième vague", a réagi Sébastien Bazin, le PDG du groupe hôtelier Accor, le premier groupe hôtelier européen, mardi 20 octobre sur France Inter au sujet de la décision du gouvernement français d'imposer un couvre-feu de 21 heures à 6 heures du matin en Île-de-France et dans certaines métropoles pour lutter contre la propagation du Covid-19. Mais "c'est compliqué pour nous de réagir parce que chaque semaine qui passe, les chiffres disent quelque chose de différent".

Une fois, c'était la faute des bars, puis des restaurateurs, puis de universités et puis des entreprises, et puis de la sphère privée. 

Sébastien Bazin, PDG du groupe hôtelier Accor

à France Inter

"C'est peut être et probablement la bonne raison, mais nous d'apprendre ça mercredi par rapport à vendredi soir. C'est terriblement compliqué", confesse Sébastien Bazin

Le PDG d'Accor pointe aussi le manque d'harmonisation des politiques entre les pays de l'UE dans la lutte contre le Covid-19. "50% du groupe Accor est dépendant de l'Europe. En Europe, c'est la catastrophe. Pour le voyageur, c'est incompréhensible et donc il ne voyage pas", déplore-t-il, appelant à ce "qu'on mette au moins une procédure commune aux différents pays". "Acceptons le risque, mais arrêtons de rajouter contrainte sur contrainte", demande le PDG du groupe hôtelier Accor. "L'Europe est l'endroit où on souffre le plus avec l'Amérique latine, c'est-à-dire Chili, Pérou, Colombie. C'est un désastre", insiste Sébastien Bazin.

Le groupe hôtelier espère un assouplissement des restrictions : "Si au moins, on pouvait voyager au sein de l'Europe en respectant les gestes barrières et les vols et en fonction de l'évolution de cette deuxième vague". Selon lui, cela suffirait à redonner confiance aux voyageurs, pour permettre une reprise de l'activité. "Dès lors que les incertitudes s'estompent, même si le risque existe toujours, et que la consommation repart, vous pouvez avoir un rebond beaucoup plus fort que celui attendu".

"On perd à peu près 80 millions d'euros par mois" mais "on va s'en remettre"

"On va s'en remettre", tempère en effet Sébastien Bazin, "le métier n'est pas mort, c'est juste très difficile". Le groupe Accor enregistre de fortes baisses de fréquentation, comme tous les acteurs du secteur de l'hôtellerie : "Cet été nous étions à -40% par rapport à l'été de l'année dernière, en mars on était à -90% donc il y a eu un rebond de courte durée, du 1er juillet jusqu'au 4 septembre. Maintenant on est à -60%. Et puis ça ne va pas aller en s'arrangeant, avec le couvre-feu, dans les semaines qui sont devant nous", a poursuivi le PDG d'Accor. Interrogé sur un éventuel rebond de l'activité pendant les vacances scolaires de la Toussaint, il a répondu : "On n'en sait fichtre rien parce que maintenant les gens réservent à quatre jours de leur départ. Mais ça ne va pas être très joli"

Pour Sébastien Bazin, la baisse pourrait s'inscrire dans la durée pour certains clients, comme les voyageurs d'affaires, qui "diminueront entre 10, 15, 20% de manière pérenne". Il chiffre les pertes à "un milliard 500 millions d'euros cette année. Ça montre bien qu'au-delà des aides, on continue à perdre de l'argent, à peu près 80 millions d'euros par mois""Un grand champ de mon activité ne sera plus là. En attendant, il faut pivoter", anticipe Sébastien Bazin.

Plus d'un millier de postes supprimés, diversifier pour survivre

Des suppressions de postes sont prévues au sein du groupe. "Entre 1 000 et 1 200 emplois, à peu près 20% du nombre de personnes dans les sièges, et ce, partout dans le monde", et "probablement entre 300 et 400 en France". En ce qui concerne les petits salaires, le PDG du groupe ne veut pas leur demander de partir. "Ils vont continuer à avoir un salaire pendant deux ans au sein du groupe Accor, mais on va assurer pour eux une formation. Un autre métier que celui de l'hôtellerie".

Accor n'a pas demandé de prêt garanti par l'État, explique son PDG : "On a vendu une grande partie de notre parc immobilier".

Accor bénéficie aujourd'hui de quatre milliards d'euros de liquidités. Donc, j'ai vraiment un genou par terre, mais heureusement, nous n'avons pas les deux genoux par terre. 

Sébastien Bazin

Pour survivre à cette crise économique et repartir de l'avant, Sébastien Bazin envisage une diversification de l'activité de son groupe, profitant de l'ouverture possible des restaurants d'hôtel. "Accor va proposer, grâce à mes propriétaires, de manière volontaire, aux restaurateurs qui le souhaitent, de venir chez nous mettre leur marque, leur identité, leurs concepts, leurs menus, leurs nappes à carreaux, prendre possession avec nos brigades du restaurant, de notre hôtel, accueillir leurs clients de quartier et faire en sorte que ces clients viennent faire dodo chez nous à un prix coûtant". 

Des tests à l'hôtel avec une réponse en moins de 30 mn

Le PDG d'Accor envisage également de transformer une partie de ses hôtels en "tiers-lieux" : "On voudrait proposer ça dans nos 5 000 hôtels. C'est pour toutes les entreprises, peu importe leur taille, sous forme d'abonnement, qu'elles puissent aujourd'hui utiliser nos salles de réunion, nos toilettes, le Wi-Fi et pourquoi pas des chambres. Pour les repositionner de manière permanente en espaces de travail". 

Sébastien Bazin souhaite aussi pouvoir mettre en place des tests pour le Covid-19 directement dans les hôtels : "Dès lors que le test et la mise en place, y compris d'ailleurs dans les aéroports, on va être capable de rouvrir au plus grand nombre en testant sur place dès lors que la réponse est entre 15 minutes et 30 minutes, ça ne va pas être deux heures".