Stations de ski : l'ancien champion Antoine Dénériaz "s'accroche à un espoir", "le moral en berne"

"Sur février, on joue 70% ou 80% de l'année", explique l'ex-champion, aujourd'hui directeur d'une marque de skis."On va mettre deux, trois, quatre ans à s'en remettre parce que la saison prochaine 2021-2022 ne fera pas double. Et l'année prochaine, en une saison, on va devoir rattraper deux ans de charges, c'est énorme !"

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Radio France
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Antoine Dénériaz, ancien champion olympique de descente, en décembre 2006 à Val Gardena en Italie. (ETTORE FERRARI  / ANSA)

Le gouvernement doit se prononcer mercredi 20 janvier en Conseil de défense sanitaire sur une éventuelle réouverture des remontées mécaniques dans les stations de ski. Les professionnels de la montagne la réclament depuis longtemps mais ils ne sont pas très confiants. "On y croit de moins en moins, mais on s'accroche toujours à un espoir", a expliqué sur franceinfo Antoine Dénériaz, l'ancien champion olympique de descente, créateur et directeur de la marque de skis qui porte son nom.

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franceinfo : Est-ce que vous y croyez encore ?

Antoine Dénériaz : Malheureusement, on y croit de moins en moins, mais on s'accroche toujours à un espoir, à l'espoir que ça va rouvrir, qu'ils vont revoir leur copie. On a de plus en plus le moral en berne et ça devient catastrophique. Si les stations n'ouvrent pas vite ça sera une catastrophe pour toutes les stations, le milieu de la montagne, une région, un plan d'économies, et puis ça dépassera même les montagnes.

"On parle beaucoup des remontées mécaniques, des magasins et des commerçants de stations, mais derrière il y a aussi des fournisseurs, des gens qui fabriquent des skis, qui fournissent des pommes de terre pour les tartiflettes, des reblochons."

Antoine Dénériaz, ancien champion olympique et créateur et directeur d'une marque de skis

à franceinfo

Tout ça, ça va être perdu. Donc ça dépasse largement le cadre des montagnes.

Est-ce que vous comprenez les arguments du gouvernement ?

Oui et non, je dirais surtout non. Apparemment, le gouvernement a peur de retrouver des clusters comme il s'est passé en Autriche, à Ischgl, en mars dernier. Mais à ce moment-là, on ne savait rien. Les gens se protégeaient pas, ne se lavaient pas les mains, n'avaient pas de masque. Aujourd'hui, les professionnels de la montagne avaient pris toutes les mesures et mis tout en place pour que ça se passe dans des règles de sécurité qui soient très bonnes. Aujourd'hui, je ne vois pas non plus la différence entre être dans un appart de station ou un appartement en ville, à Lyon ou ailleurs.

Comment les gens le vivent autour de vous ?

Cela commence à être beaucoup d'inquiétude parce qu'il faut comprendre que sur trois, quatre mois on fait le chiffre d'affaires d'une année et ça devient très tendu. La situation est très tendue. Sur février, on joue 70% ou 80% de l'année. Une réouverture après les vacances scolaires ne sert quasiment à rien.

Le ski de fond, la randonnée sont-elles des pistes sur lesquelles il faut miser davantage ?

J'habite d'Annecy et on a la chance en Haute-Savoie d'avoir beaucoup de stations-villages, avec entre une vraie vie, une activité, des gens qui vivent à l'année et aujourd'hui, le ski de fond, la rando, le ski de randonnée, la raquette, ce sont des activités qui se développent. Le problème, c'est qu'on joue sur 5% et même pas 10% du marché. Il y a longtemps que les stations et tous les gens savent que le tout ski s'est terminé et qu'il faut miser sur d'autres choses.

"Ce n'est pas en deux mois qu'on se réinvente. Le ski alpin, le ski de piste reste quand même l'activité principale qui fait vivre énormément de gens."

Antoine Dénériaz

Donc oui, ça permet à certains économiquement d'arriver à vivre, mais ce n'est pas ça qui va sauver tout un territoire en une saison.

Comment vont les affaires de votre côté ?

Mal aujourd'hui. En fait, je suis à peine à 20% de mon chiffre d'affaires de l'année dernière. Les prises de commandes pour cette année au printemps dernier avaient été compliquées parce qu'on était en plein confinement. À l'époque où on aurait dû aller voir les magasins et prendre des commandes en été, on était à la maison. Ces commandes qu'on a réussi à prendre cette année en début de saison, on ne les a pas toutes livrées. Donc quand on ne livre pas, on ne facture pas, on ne rentre pas d'argent. On doit payer un an de charges sur trois ou quatre mois de rentrée. On a eu quelques aides, on a eu le PGE, [Prêt garanti par l'État], l'année dernière, ça fait pendant une petite période, mais il faut aussi savoir qu'au niveau de l'économie, les choses ne vont pas s'arrêter du jour au lendemain. On va mettre deux, trois, quatre ans à s'en remettre parce que la saison prochaine 2021-2022 ne fera pas double. Donc sur l'année prochaine, on va juste vendre ce qu'on a fabriqué l'année dernière, donc quasiment en une saison l'année prochaine on va devoir rattraper deux ans de charges, c'est énorme.

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