Fin des terrasses chauffées : à Paris entre les commerçants et la mairie, c'est "un peu un jeu du chat et de la souris"

Depuis le 31 mars, les chauffages sont interdits aux terrasses des cafés, bars et restaurants. Mais alors que les températures extérieures commencent à baisser, certains commerçants refusent de respecter cette mesure écologique. Reportage dans le centre de la capitale.

Article rédigé par
Caroline Félix - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
La terrasse chauffée d'un café parisien, en mars 2020, avant l'interdiction de ce type d'équipement. (BRUNO LEVESQUE / MAXPPP)

Il fait dix degrés en cette fin novembre dans le quartier du Châtelet à Paris et sur la terrasse du café où travaille Pauline. Doudoune et grosse écharpe sont de rigueur. Malgré le froid et l'absence de chauffage, presque toutes les tables sont occupées. "Le premier jour où il a fait froid, on a eu un peu une baisse de clients, explique la commerçante. Mais là, je pense que les gens se sont habitués au fait que les chauffages, c'était terminé". Depuis le 31 mars dernier, il est interdit de chauffer les terrasses des cafés, bars et restaurants ou tout autre espace public extérieur. Cette mesure, qui était une des propositions de la convention citoyenne, doit permettre d'économiser 500 000 tonnes de CO2 par an à l'échelle nationale, assure le gouvernement.

>>> Sobriété énergétique : la principale organisation professionnelle des commerces propose une série de mesures

Pauline a reçu la visite des agents municipaux la semaine dernière. Ils ont fait le tour du quartier pour vérifier que les thermostats étaient bien à zéro : "Ils sont vraiment venus tous les jours pour voir que ce n'est pas 'on l'enlève une fois et on le remet'. Le mieux, c'est que tout le monde les enlève. Comme ça, vraiment, tout le monde joue le jeu, qu'il n'y a pas de chauffage. Mais s'il y a un bar qui laisse son chauffage et les autres qui l'enlèvent, ce n'est pas juste". 

Une amende pas forcément dissuasive

Dans ce quartier du centre de la capitale, tout le monde n'est visiblement pas prêt à jouer le jeu. À la terrasse d'un bar concurrent, à quelques rues, les braseros du plafond sont allumés. Sous les bâches en plastique, il fait chaud et les clients, nombreux, ne portent parfois qu'un simple pull. "Je ne suis pas mécontente qu'il y ait des chauffages, nous dit une femme attablée, ça fait quand même plaisir." Un plaisir pourtant illégal. Car pour avoir le droit d'installer un chauffage extérieur, un commerçant doit obligatoirement entourer sa terrasse de parois solides et étanches, comme une véranda.

Le patron le sait. D'ailleurs il éteint discrètement ses braseros lorsqu'il repère une voiture de police patrouiller. Louis, l'un des habitués du bar, le comprend : "En termes de volume, ici, la moitié, voire plus, de leur établissement est en terrasse. Je comprend que ça puisse être difficile. À voir quelle alternative trouver". L'un de ces commerçants resquilleurs explique que les 1 500 euros d'amende maximum encourus sont moins pénalisants que la perte de chiffre d'affaires que représente la fin des terrasses chauffées.

"Ceux qui veulent tricher gardent leur dispositif de chauffage, c'est un peu un jeu du chat et la souris", regrette Emmanuel Grégoire, le premier adjoint à la mairie de Paris. La municipalité veut obliger les gérants à démonter leurs chauffages grâce à une taxe sur ce matériel à partir de janvier. "Un tarif qui s'applique jour par jour où le dispositif est constaté en installation, précise l'adjoint. C'est une facturation en réalité qui s'applique toute l'année. Elle est suffisamment dissuasive pour que les professionnels soient vraiment incités à le démontrer". Cette taxe s'élèvera, a minima, à plusieurs milliers d'euros par an. 

Les terrasses chauffées, c'est terminé (en principe) : reportage de Caroline Félix
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