Couvre-feu : le chef cuisinier Yves Camdeborde a l'impression de "payer" pour tous ceux "qui ont fait n'importe quoi"

Yves Camdeborde a ouvert plusieurs restaurants gastronomiques à Paris et Bordeaux.

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Le chef Yves Camdeborde, à Paris, en octobre 2013. (CHRISTOPHE MORIN / MAXPPP)

Invité de franceinfo dimanche 18 octobre, le chef cuisiner Yves Camdeborde, propriétaire de plusieurs restaurants à Paris (Le Comptoir) et à Bordeaux, a l'impression de "payer" pour toux ceux "qui ont fait n'importe quoi" dans leurs établissements, "qui ont mis en danger sans doute leurs clients, qui n'ont pas respecté ce qu'on leur demandait". "Ce sont les gens qui sont responsables qui payent pour ça et ça nous fait mal au cœur", regrette-t-il, alors que l'Ile-de-France et huit métropoles sont désormais soumises à un couvre-feu de 21h à 6h. "On va essayer de tenir le maximum possible, en faisant un service du soir à 18h mais qui nous paraît complètement aberrant", déplore Yves Camdeborde.

franceinfo : Avec l'instauration du couvre-feu, votre profession est, encore une fois, obligée de s'adapter pour survivre ?

Yves Camdeborde : On n'est pas des scientifiques ni des médecins, donc on va, une fois de plus, respecter ce qu'on nous demande de faire, respecter les normes sanitaires et maintenant le couvre-feu. Mais c'est vrai que ça met d'autant plus en danger nos entreprises, parce qu'on n'a pas beaucoup de solutions. Certains de mes collègues vont être dans l'obligation de fermer parce qu'ils n'ont ni la capacité ni la clientèle suffisante pour n'ouvrir que pour le déjeuner. Et d'autres comme moi, on va essayer de tenir le maximum possible, en faisant un service du soir à 18h mais qui nous paraît complètement aberrant.

Vous avez des restaurants à Bordeaux et à Paris, où les situations sont différentes. Comment faites-vous face ?

Sur Bordeaux, pour l'instant, on peut continuer l'activité de façon normale, en respectant les règles sanitaires. Tandis que Paris, c'est le vrai problème, parce qu'on a des charges fixes qui sont très importantes. Notre président [Emmanuel Macron] et Bruno Le Maire nous promettent des aides, on espère qu'ils tiendront parole, parce que jusqu'à aujourd'hui nous n'avons pas eu grand-chose. Aucun geste n'a été fait par rapport aux loyers, aucun geste n'a été fait par les assurances qui continuent, elles, à rester dans leur mutisme total, ce qui est un véritable scandale. L'assureur Axa nous regarde et nous dédaigne totalement.

Ce couvre-feu, c'est une fermeture des restaurants qui ne dit pas son nom, selon vous ?

Oui, c'est une certitude. La problématique, c'est que dans le mot "restaurant", on englobe beaucoup de choses. C'est vrai que pour des restaurants gastronomiques comme les nôtres, fermer à 21h ça ne rime rien. On nous ferait fermer à 17h ça reviendrait exactement à la même chose. On pensait qu'on nous laisserait la possibilité de travailler jusqu'à 22h30-23h. Nous sommes, certes, des lieux de bien-être et de fête, mais nous ne sommes pas des boîtes de nuit ou des bars d'ambiance, nous sommes des restaurants traditionnels où les gens se comportent de façon très calme et très posée. C'était encore un moyen de conserver un peu de joie et de bonne humeur dans le marasme ambiant, donc on est assez déçus par ce couvre-feu dès 21h.

Avez-vous l'impression de payer pour tous ceux qui ont fait n'importe quoi ?

Totalement. On se bat depuis des années pour que ce métier soit enfin respecté et que n'importe qui ne puisse pas l'exercer. Moi, je ne peux pas être docteur ou vétérinaire, je ne peux pas être coiffeur. J'estime que pour être restaurateur, il faudrait un minimum de connaissances et avoir un diplôme. Aujourd'hui, on est en train de payer par rapport à des gens qui font ce métier dans une philosophie différente, qui ont fait n'importe quoi, qui ont mis en danger sans doute leurs clients, qui n'ont pas respecté ce qu'on leur demandait, et ce sont les gens qui sont responsables qui payent pour ça et ça nous fait mal au cœur.

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