"Ça illustre une volonté de tout marchandiser" : colonies de vacances et scouts dénoncent une directive européenne

Les organismes d'éducation populaire et les mouvements de jeunesse font pression sur le gouvernement pour obtenir une dérogation à la directive européenne "Travel" qui doit entrer en vigueur le 1er juillet.

Une colonie de vacances en Moselle (illustration).
Une colonie de vacances en Moselle (illustration). (MAXPPP)

Les colonies de vacances et les camps scouts sont-ils menacés cet été ? La directive européenne "Travel", qui date de 2015 et qui doit entrer en vigueur le 1er juillet en France, renforce les contraintes financières des organismes d'éducation populaire et des mouvements de jeunesse. Jusque-là, ces derniers bénéficiaient d'une dérogation particulière.

Au 1er juillet, ils deviendront des prestataires de voyage, c'est-à-dire des acteurs du tourisme comme les autres. Il leur faudra être immatriculés au registre de commerce, mais aussi financer un fond de garantie à hauteur de 10% de leur produit d'exploitation. Ce n'est pas sans conséquences dans un secteur déjà fragile. Les acteurs du secteur font donc pression auprès du gouvernement pour obtenir une dérogation d'ici le 1er juillet.

"On met la clé sous la porte !"

Cette contrainte financière est tout simplement insurmontable pour les petites structures. "10% du chiffre d'affaires, pour nous cela correspondrait à 50 000 euros, indique Sylvain Stienon, le co-directeur d'Eva soleil qui fait partir 500 enfants chaque été. C'est dix fois ce qu'on a réussi à mettre de côté en 10 ans, donc il nous faudrait à peu près 100 ans pour mettre assez d'argent de côté. En septembre, on met la clé sous la porte !"

Le gouvernement propose deux solutions : emprunter auprès d'une banque ou s'affilier aux deux garants associatifs du secteur touristique, l'Union nationale des associations de tourisme et de plein air (UNAT) et l'Association professionnelle de solidarité du tourisme (APST). Pour Sylvain Stienon, ces solutions sont inadaptées "Aller voir notre banquier et demander un prêt de 50 000 euros, on n'ose même pas le faire. On n'a pas du tout les épaules pour pouvoir rembourser un prêt de 50 000 euros. S'affilier à une organisation à laquelle on n'adhère pas moralement, on dit non !"

"On a une vocation sociale"

"Ça illustre une volonté de tout marchandiser, déplore de son côté François Mandil, délégué national des Scouts et guides de France. Nous, les accueils touristiques de mineurs, on ne fait pas du tourisme. On a une vocation sociale. C'est autre chose que le tourisme. On est donc assez inquiet sur les conséquences juridiques à long terme."

Menace sur les colonies de vacances : un reportage de Claudia Bertram
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