Traite d'êtres humains : un stage pour permettre aux acteurs de lutter conjointement contre ce fléau

L’initiative vient de l’École de la magistrature. Objectif : changer la façon de travailler d’hommes et de femmes qui veulent tous faire tomber les réseaux. 

L\'école nationale de la magistrature à Bordeaux (photo d\'illustration, 22 septembre 2017).
L'école nationale de la magistrature à Bordeaux (photo d'illustration, 22 septembre 2017). (LEON TANGUY / MAXPPP)

Le trafic d’êtres humains ne s’est jamais aussi bien porté. Les premières victimes sont les femmes et les mineures, obligées de se prostituer ou contraintes de voler dans le métro. Le marché rapporterait 28 milliards d’euros aux groupes criminels sur la planète.

L’année dernière, en France, près de 2 000 personnes ont été victimes des réseaux de traite d'êtres humains. Dans 3 cas sur 4, il s’agissait d’exploitation sexuelle. C’est pourquoi à l’initiative de l’École de la magistrature, un stage a réuni pour la première fois début juillet, des professionnels travaillant sur la question avec comme objectif d’améliorer la prise en charge des victimes, des enquêteurs, des avocats, des magistrats, des travailleurs sociaux. Tous ont joué leur propre rôle avec, en face d'eux, des comédiens qui incarnent des victimes, des proxénètes, ou leur entourage.

Des histoires réelles où les victimes deviennent parfois proxénètes

Les histoires sont bien réelles. Julie Colin, vice procureure au parquet de Paris les connaît par cœur. Elle est une spécialiste de la traite des mineures nigérianes et a élaboré le scénario de crise : "De plus en plus de mineures viennent de manière illégale, amenées par des réseaux. Prises au Nigeria, elles partent en devant rembourser une dette, 40 000 euros, et elles doivent se prostituer pour rembourser. La passe, dans ce type de dossier, est à 20 euros."

Et toute la complexité, quand une des filles rembourse la dette, est qu'elle fait venir elle-même une autre fille.Julie Colin, vice procureureà franceinfo

"C'est-à-dire que la victime en vient elle-même à exploiter. Comment juger ce type de fait ?", interroge Julie Colin, dans le scénario.

"Le premier objectif est de les sortir de ces réseaux et pas simplement de les mettre en prison"

C’est tout l’objet de ce stage. Faire prendre conscience aux policiers ou au juges que, souvent, au sein d’un réseau de traites d'êtres humains, ici, de prostitution forcée, on peut être auteur d’un délit mais on est d’abord victime. C’est le regard même de la chaîne policière et judiciaire qu’il faut changer. "La première approche qu'on peut en avoir, malheureusement dans un premier temps, c'est bien évidemment quand ils sont pris sur le fait d'une infraction, explique Armelle Lamouroux, commandante au sein de l’Office central de lutte contre la délinquance itinérante. Donc on les voit comme des auteurs. Mais très rapidement, quand on prend le temps et quand on arrive à détecter ces réseaux, l'objectif est bien évidemment de les prendre en compte comme des victimes."

La difficulté est de faire travailler les professionnels ensemble 


Pour exfiltrer une femme d’un réseau de traites d’êtres humains, il ne faut prendre aucun risque. Patrick Hauvuy dirige une association qui recueille ces jeunes prostituées et explique la difficulté de leur prise en charge. "Ce qu'on demande aux services qui nous adressent les personnes, qui font appel à nous, c'est de les accompagner jusqu'au centre d'hébergement pour éviter que les filles soient traumatisées par le fait de se déplacer, de rompre avec leurs copines, leur milieu de vie etc, explique-t-il. On essaie d'organiser ça le mieux possible. En général, on travaille un petit peu en solo. Les travailleurs sociaux d'un côté, la justice de l'autre... Il y a plus de relations avec les policiers. [L'idée est de] vraiment rester sur son activité professionnelle mais en travaillant avec d'autres, ce qui n'est vraiment malheureusement pas le cas actuellement."

Un stage pour mieux lutter contre le trafic d'êtres humains, un reportage pour franceinfo de Christophe Richert.
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