Surpopulation carcérale : "Plus on construit, plus on incarcère, il faut sortir de la culture du tout carcéral"

Amid Khallouf, de l'Observatoire international des prisons, rappelle que le taux de délinquance n'est pas lié au nombre de personnes incarcérées.

Centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan, en novembre 2016. (Illustration)
Centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan, en novembre 2016. (Illustration) (NICOLAS TUCAT / AFP)

"Plus on construit, plus on incarcère", a réagi jeudi 26 juillet sur franceinfo Amid Khallouf, coordinateur sud-est à l’Observatoire international des prisons, après la publication des chiffres de l'administration pénitentiaire. Le nombre de détenus a atteint un nouveau record : 70 710 personnes étaient incarcérées dans les prisons françaises au 1er juillet dernier. Selon Amid Khallouf, "on constate une augmentation de la population carcérale encore plus forte que le nombre de places, sans que cela ait un impact sur le taux de délinquance". Il préconise "de sortir de la culture du tout carcéral".

franceinfo : Les mesures prises sous le quinquennat de François Hollande pour lutter contre la surpopulation carcérale ne sont-elles pas efficaces ?

Amid KhalloufNon, elles n'ont pas été efficaces. La mesure principale prise par Christiane Taubira, c'est la contrainte pénale, une mesure alternative à la détention. Elle est venue s'ajouter à de nombreuses autres mesures alternatives et les juges les ont très peu utilisées. On constate de plus en plus une augmentation de la population carcérale.

Est-ce dans les maisons d'arrêt, où les prévenus attendent leur jugement, que la situation est la plus délicate ?

Le nombre de prévenus en attente de leur jugement a franchi la barre des 21 000 en juillet. Entre 2010 et aujourd'hui, en seulement huit ans, cela représente une augmentation de 32% du nombre de prévenus, qui sont des personnes présumées innocentes. Dans les maisons d'arrêt, c'est 142% d'occupation en moyenne. À la prison de Fresnes, tristement célèbre pour ses conditions de détention, il y avait au 1er juillet, 2 548 personnes détenues pour 1 300 places. Cela représente 193% de densité. Il y a des personnes qui dorment sur des matelas à même le sol. Il y a beaucoup de nuisibles comme des punaises de lit, des rats. Les douches sont limitées à trois par semaine. Les détenus passent la majorité de leur temps en cellule, cela peut aller jusqu'à 22 heures sur 24. Je vous laisse imaginer la situation explosive qui règne, notamment en cette période de fortes chaleurs.

La réforme du gouvernement - détention courtes proscrites et multiplication des alternatives en milieu ouvert - va-t-elle dans le bon sens ?

Ce discours va plutôt dans le bon sens. Mais il y a un autre volet des annonces du gouvernement. C'est la construction de 7 500 places de prisons d'ici 2022 et 8 000 à partir de 2022. Selon nous, ce n'est pas forcément la solution. On constate qu'il y a une augmentation parallèle du nombre de prisons et de celui du nombre de personnes incarcérées. Plus on construit, plus on incarcère. On constate même une augmentation de la population carcérale encore plus forte que le nombre de places, sans que cela ait un impact sur le taux de délinquance, qui reste relativement stable. Les solutions seraient plutôt de sortir de la culture du tout carcéral en pensant une peine déconnectée de la prison comme peine de référence. Aujourd'hui, il n'y a que l'amende ou la prison.