Protection de l'enfance : un système en danger ?

Les juges pour enfants du tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis) sont inquiets. En novembre, ils lançaient un appel au secours face au manque de moyens, qui met en danger certains mineurs. Les mesures de placement et d'éloignement ne sont parfois pas appliquées avant des mois, voire des années. Les dégâts sont parfois irréversibles.

Ce sont des enfants et des adolescents maltraités ou délaissés par leurs parents. En France, ils sont 240 000 identifiés comme "en danger" et que la justice a décidé de protéger. Mais les mesures ordonnées, placements en foyers ou accompagments par un éducateur, mettent parfois des mois avant d'être appliqués, faute de moyens. Quelles sont les conséquences pour ces enfants dans l'attente ? Comment améliorer le suivi de ces mineurs en détresse ? Avant de rencontrer son éducatrice, cette jeune fille aujourd'hui majeure a dû attendre des mois, alors qu'elle se disait victime des troubles psychiatriques de sa mère. Il y a un an et demi, l'adolescente se réfugie dans un foyer. Un juge des enfants ordonne alors des rendez-vous réguliers avec un travailleur social, mais pendant six mois, rien ne se passe. Son éducatrice a déjà 26 enfants à suivre. Impossible pour elle d'intervenir plus tôt. 

Près de 3 900 enfants en danger signalés dans le département en 2017

Rien qu'en Seine-Saint-Denis, près de 900 mineurs en souffrance attendent d'être accompagnés. Le conseil départemental, responsable de la protection de l'enfance, investit 250 millions d'euros chaque année. Un budget en augmentation, mais les besoins explosent. En 2017, près de 3 900 enfants en danger ont été signalés dans le département, soit 12% de plus en un an. Dans cette association spécialisée, plus de 500 familles sont en attente, soit deux fois plus qu'il y a trois ans. Les travailleurs sociaux n'ont d'autre choix que de hiérarchiser les dossiers. Gagner la confiance de ces mineurs est un impératif pour les éducateurs, qui peuvent être tenus pénalement responsables en cas de drame. Tous demandent une aide financière de l'État pour pouvoir protéger sans délai tous les enfants en danger.

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Des écoliers en CP passent une évaluation. (Illustration). 
Des écoliers en CP passent une évaluation. (Illustration).  (PHILIPPE DESMAZES / AFP)