"Les femmes restent considérées comme des corps à disposition"

Camille Froidevaux-Metterie, philosophe et professeur de sciences politiques a conclu l’enquête du "Monde" sur les féminicides. Elle est l’invitée du 23h de franceinfo.

Ce qui est fondamentalement en jeu dans les violences, c’est une logique qualifiée de patriarcale. "C’est un mot important à mobiliser si on veut comprendre pourquoi les violences perdurent dans nos sociétés démocratiques. Cette logique patriarcale renvoie à une logique mécanique qui fonctionne depuis l’aube des temps et structure nos sociétés de façon hiérarchisée, qui est sexuée et qui enferme les femmes dans la sphère privée, domestique, considérée comme inférieure. Ce système nourrit des représentations qui font que les femmes restent considérées comme des corps, des corps à disposition, sexuels et procréateurs, à disposition des hommes et pour certains d‘entre eux, les femmes restent enfermées dans ce statut inférieur", explique la philosophe.

"Les femmes enfermées dans la soumission"

Il y eut pourtant la révolution sexuelle dans les années 1970 et les gains pour les femmes. Comment expliquer que cela perdure ? "2 000 ans d’Histoire mais aussi le fait que la révolution féministe soit assez récente. Les mécanismes continuent de fonctionner de façon souterraine aussi. Concernant les violences conjugales, elles s’inscrivent dans continuum de violences qui va d’un côté, du simple sexisme, et à l’autre bout, les féminicides. Sur cet axe de violence, c'est cette même logique qui enferme les femmes dans la soumission. Si on veut s’en débarrasser, il faut travailler à lutter contre les féminicides, mais aussi contre les violences sexuelles et le sexisme".

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Une manifestante appelle à arrêter les féminicides lors d\'un rassemblement place de la République, à Paris, le 6 juillet 2019.
Une manifestante appelle à arrêter les féminicides lors d'un rassemblement place de la République, à Paris, le 6 juillet 2019. (SAMUEL BOIVIN / NURPHOTO / AFP)