La peine de mort abolie il y a 40 ans : la France doit être "le porte-drapeau de la chasse à la barbarie", plaide maître Georges Catala

40 ans après l'abolition de la peine de mort en France, l'avocat Georges Catala dénonce la "démagogie" de ceux qui espèrent voir revenir "cet assassinat légal".

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Radio France
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"La victoire contre la peine de mort est un acquis", rappelle l'avocat au barreau de Toulouse, Georges Catala. (DAVID CRESPIN / MAXPPP)

Maître Georges Catala, avocat au barreau de Toulouse, qui plaidait au début des années 80 contre la peine de mort aux côtés de Robert Badinter, a souhaité vendredi 8 octobre sur franceinfo que la France soit "le porte-drapeau de la chasse à la barbarie".

40 ans après l’abolition de la peine de mort, Emmanuel Macron s'exprimera ce samedi au Panthéon aux côtés de Robert Badinter qui a plaidé, à l'époque, devant l'Assemblée nationale en faveur de son abolition. "La victoire contre la peine de mort est un acquis", a rappelé Georges Catala, dénonçant la "démagogie" de ceux qui espèrent voir revenir en France "cet assassinat légal".

franceinfo : Vous vous souvenez précisément du discours de Robert Badinter devant les députés ?

Je me souviens surtout du moment où il s'est exprimé à mes côtés devant la cour d'assises, où il convenait de combattre la peine de mort, c'est-à-dire l'autorisation que s'octroyait la justice de couper les gens en deux. Je me souviens que la plaidoirie qui avait été la sienne s'inscrivait à l'encontre de l'opinion publique. C'était un combat de tous les instants et les mots qui ont été les siens sont exactement les mêmes mots que ceux qui ont été prononcés devant la Chambre des députés et du Sénat.

Il évoquait à l'époque une forme de lâcheté...

Oui, c'était tellement, pardon, dégueulasse ! On est passé de l'exécution publique où les gens venaient assister à cette horreur, à un meurtre en catimini dans les tréfonds de la prison. Bien entendu, en dehors des gens qui allaient être initiés à l'assassinat légal, il n'y avait pas de public.

Selon une enquête IFOP pour Le Monde, la Fondation Jean-Jaurès et l'Institut Montaigne, publiée il y a  plus d'un an, 55% des Français sont pour la peine de mort. Comment l'expliquez-vous ?

Faut-il hurler avec les loups et rappeler que cette peine de mort s'est installée en Arabie saoudite ? Elle demeure encore en Russie, dans beaucoup de pays qui ne sont pas à l'avant-garde de l'humanisme. Demander à la France, parce qu'on aurait des sondages favorables autour de la peine de mort, que cette dernière prononce à nouveau la peine de mort, tout ceci est de la démagogie. D'abord, c'est impossible dans la mesure où la fin de la peine de mort est inscrite dans le marbre européen. On ne peut pas revenir en arrière légalement.

Emmanuel Macron va s'exprimer demain au Panthéon, en présence de Robert Badinter. Qu'attendez- vous du discours du président ?  

Il va s'inscrire dans un courant d'humanité et dans un courant qui doit être celui de la France. Il faut que nous soyons le porte-drapeau de la chasse à la barbarie. À partir de ce moment-là, il est bien évident que la victoire contre la peine de mort est un acquis. Il faudrait continuer à avoir un rayonnement international pour que cet assassinat légal qui est source d'erreurs judiciaires qui sont irréversibles puisse disparaître de notre monde. Il faut savoir qu'aux États-Unis, cela continue. Il faut savoir qu'en Arabie saoudite, cela continue dans tous les pays qui sont encore arriérés.

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