"L'idée, c'est d'instaurer la peur du gendarme" : des avocats déposent plus de 200 plaintes pour des propos homophobes sur internet

Avec cette action collective organisée jeudi, les associations Stop Homophobie et Mousse veulent mettre fin à l'impunité pour les auteurs de propos injurieux ou menaçants à l'encontre des personnes homosexuelles.

Un autocollant \"L\'homophobie tue\" sur un blouson appartenant à un manifestant lors d\'un rassemblement contre l\'homophobie à Rouen (Seine-Maritime), le 3 novembre 2018.
Un autocollant "L'homophobie tue" sur un blouson appartenant à un manifestant lors d'un rassemblement contre l'homophobie à Rouen (Seine-Maritime), le 3 novembre 2018. (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

Ils veulent que "cesse l'impunité" dont jouissent le plus souvent les auteurs de messages à caractère homophobe sur internet. Une vingtaine d'avocats ont simultanément déposé, jeudi 17 janvier, 213 plaintes dans douze tribunaux. 

Après une veille de deux mois, les associations Stop Homophobie et Mousse ont recensé plusieurs centaines de messages homophobes sur les réseaux sociaux, notamment Twitter. "Si mon père était PD, j'laurais flingué", "Il est temps de dire que les homos n'ont pas leur place dans ce monde", "Une fiotte n'est pas un homme"… Voilà certains des messages à l'origine de cette action collective. 

"Si on avait pu, on aurait fait des milliards de plaintes. L'idée, c'est d'instaurer la peur du gendarme", a expliqué Stéphane Cola, le président du Réseau d'avocats, notaires et médecins gay-friendly, qui a épaulé les deux associations dans l'opération. "Désormais, ces haineux doivent savoir que s'ils tiennent des propos répréhensibles, on les enverra devant un juge."

On reçoit des milliers d'injures et parfois des menaces très hard. 80% à 85% de nos signalements n'aboutissent à rien. Il n'y a aucune réaction des pouvoirs publics, tout le monde s'en fout !Terrence Katchadourian, de Stop Homophobieà l'AFP

Les insultes publiques à caractère homophobe sont punies d'une peine maximale d'un an d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende, mais la justice "condamne peu ou faiblement", affirme maître Stéphane Cola. 

Le Premier ministre, Edouard Philippe, s'est engagé à modifier en 2019 la loi de 2004 dite de "confiance dans l'économie numérique" afin de renforcer la pression sur les opérateurs du numérique pour lutter contre la cyberhaine. Parmi les pistes : imposer aux plateformes un délai maximum de 24 heures pour retirer les contenus illicites (racistes, antisémites, sexistes, homophobes…) et instaurer de plus fortes amendes contre les grands réseaux sociaux et moteurs de recherche quand ils manquent à leurs obligations. En Allemagne, la loi sanctionne les opérateurs des réseaux sociaux d'une amende pouvant aller jusqu'à 50 millions d'euros s'ils ne retirent pas sous 24 heures des propos signalés par les usagers comme outranciers ou violant la Constitution.