Inceste : "Le principe de précaution ne joue pas en faveur de l'enfant", regrette la co-présidente de la Ciivise

Les mères "vont porter plainte, et elles ne sont pas crues", a affirmé sur franceinfo ce mercredi, Nathalie Mathieu, co-présidente de la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants. 

Article rédigé par
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
Première réunion publique de la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants. Édouard Durand, magistrat co-président et Nathalie Mathieu co-présidente, à Nantes, le 20 octobre 2021.  (JÉRÔME FOUQUET / MAXPPP)

"Le principe de précaution ne joue pas en faveur de l'enfant, on ne protège pas les enfants", a affirmé sur franceinfo mercredi 27 octobre, Nathalie Mathieu, co-présidente de la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) qui rend son rapport mercredi. Ce rapport critique aussi le peu de crédibilité accordé aux mères qui dénoncent un conjoint auteur de violences sexuelles.

franceinfo : L'avis que vous publiez met en lumière les difficultés que rencontrent les femmes quand il s'agit de dénoncer leurs ex-conjoints, quand ils abusent de leurs enfants...

Nathalie Mathieu : Elles vont porter plainte, et elles ne sont pas crues. On les accuse d'avoir lavé le cerveau de leur enfant, d'avoir introduit de fausses allégations. Et de fait, rien ne se passe. Les droits de visite et d'hébergement du père continuent. Il n'y a pas de suspension de l'autorité parentale. Pour la mère, c'est infernal, car elle sait très bien ce qui va se passer pour son enfant, mais elle est obligée de le laisser partir le week-end ou la moitié des vacances scolaires sans pouvoir le protéger.

D'où vient le problème, la justice est sur des bases qui ne sont pas bonnes pour juger ces cas-là ?

À la fin des années 80, un psychiatre a inventé le syndrome de l'alinéation parentale, mais c'est très controversé, il n'y a jamais eu d'études scientifiques qui vient le prouver. Mais on continue à s'abriter derrière ce syndrome qui veut dire qu'on manipule l'enfant en cas de séparation pour le faire détester l'autre parent. Alors qu'on sait très bien que les enfants ne mentent pas, un enfant de moins de six ans est incapable de mentir. Tous les psychiatres sont capables de vous le dire. Outre-Atlantique, des études ont été faites qui montrent que dans 96% des cas, l'enfant ne ment pas. Et pour autant, le principe de précaution ne joue pas en faveur de l'enfant, on ne protège pas les enfants et on continue à laisser les droits de visite et d'hébergement et l'autorité parentale au père désigné comme agresseur de l'enfant.

Quelles sont vos préconisations à ce sujet ?

Nous avons trois recommandations importantes. Prévoir la suspension de plein droit de l'exercice de l'autorité parentale, et des droits de visite et d'hébergement du parent qui est poursuivi pour viol ou agression sexuelle sur son enfant pendant l'instruction judiciaire. Pendant cette instruction, suspendre les éventuelles poursuites pénales pour non représentation d'enfant à l'encontre des mamans. Et enfin prévoir dans la loi, une fois que le parent est condamné, le retrait systématique de l'autorité parentale. À la maison d'accueil Jean Bru, nous avons des jeunes filles accueillies parce que leur père les a agressées et violées toute leur enfance. Il est en prison, mais quand elles doivent remplir leurs dossiers d'orientation scolaire, le père doit aussi signer, si le retrait de l'autorité parentale n'a pas été prononcé. C'est une violence incroyable.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Droit et justice

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.