Hong Kong : "Un ensemble de réactions" internationales contre la Chine "permettrait d'affaiblir Xi Jinping, affirme un sinologue

Jean-Philippe Beja estime que les opposants au président chinois pourraient tirer partie d'une détérioration de l'image du chef de l'Etat à l'international, après l'adoption de la nouvelle loi sur la sécurité nationale.

Le président chinois Xi Jinping au congrès du parti communiste, le 25 mai 2020.
Le président chinois Xi Jinping au congrès du parti communiste, le 25 mai 2020. (NOEL CELIS / AFP)

Alors que Londres a décidé d'étendre l'accès à la citoyenneté britannique pour les citoyens de Hong Kong, après l'entrée en vigueur d'une loi chinoise sur la sécurité nationale, le sinologue et directeur de recherche émérite au CNRS-CERI-Sciences-Po Jean-Philippe Beja estime, jeudi 2 juillet sur franceinfo, qu'un "ensemble de réactions" de plusieurs pays "vis-à-vis de la Chine permettrait évidemment d'affaiblir Xi Jinping et peut-être renforcer ce qui doit être son opposition".

franceinfo : La décision de Londres choque-t-elle la Chine ?

Jean-Philippe Beja : Oui, elle choque la Chine parce que ce pays s'est toujours opposé à ce que les citoyens de Hong Kong soient reconnus, du temps de la colonie, comme étant des sujets britanniques. La Chine a toujours refusé de reconnaître les traités inégaux de 1840, 1860 et 1898 (ensemble de traités imposés à la Chine, à la Corée et au Japon par les puissances colonisatrices de la région) et donc, dans ces conditions, elle estime que les ressortissants hongkongais sont des citoyens chinois. Mais en même temps, comme les traités étaient conjoints, les Chinois ont reconnu que les gens qui étaient nés avant le 1er juillet 1997, avant le retour de Hong Kong à la Chine, avaient le droit d'avoir un passeport britannique d'Outre-Mer, qui ne donnait pas le droit de résidence permanente au Royaume-Uni mais simplement une résidence de six mois. Là, ce qui se passe, c'est que les Britanniques ont décidé de transformer cette résidence de six mois en ce qu'ils appellent un sentier vers la nationalité, c'est-à-dire que les Hongkongais auraient le droit de résider un an et de devenir des citoyens britanniques à part entière. Alors, évidemment, Pékin s'y oppose formellement.

Le Royaume-Uni a rétrocédé Hong Kong à la Chine il y a une vingtaine d'années. Qu'est-ce qui donne encore le droit à Londres de s'ingérer dans la relation entre la Chine et Hong Kong ?

La déclaration conjointe sino-britannique signée en 1984 pour le retour pacifique de Hong Kong à la Chine prévoyait que Hong Kong serait gouvernée selon la formule "un pays, deux systèmes", que Hong Kong serait gouvernée par les habitants de Hong Kong avec un haut degré d'autonomie. Ce texte est déposé aux Nations unies, donc il y a un accord entre les deux pays et la Grande-Bretagne, qui avait signé cet accord, se sent naturellement responsable de son évolution.

Cela signifie-t-il que la loi sur la sécurité nationale qui vient d'entrer en vigueur contrevient à la déclaration commune de 1984 ?

Très clairement, dans la mesure où le seul domaine qui échappait au gouvernement de Hong Kong devait être la défense nationale et les affaires étrangères. Or, là, il s'agit bien sûr de quelque chose qu'on peut considérer comme de la défense nationale si on parle de la sédition ou de la sécession, mais tout de même, tout ce qui entre dans le domaine de la "subversion", par exemple, ne relève pas de la loi nationale. Un article de la Loi fondamentale de Hong Kong - sa mini constitution - stipule formellement que les lois de la Chine ne s'appliquent pas à Hong Kong. Or, là, évidemment, c'est un changement. Il devrait y avoir normalement une loi contre la subversion qui est l'article 23 de la loi fondamentale, elle n'a pas été votée et donc Pékin a décidé d'appliquer une loi nationale, ce qui est en contradiction avec la loi fondamentale.

Pensez-vous que cette décision du Royaume-Uni peut faire infléchir les positions de Pékin ?

Ces seules mesures, non, sans doute pas. Mais si le coût politique de l'adoption de cette loi sur la sécurité nationale est extrêmement élevé, si ça détériore la position internationale de la Chine, ça risque de poser un certain nombre de problèmes à l'intérieur.

Xi Jinping n'est pas le Dieu tout puissant dans le Parti communiste chinois, il y a un certain nombre de personnes qui regardent et qui attendent ses erreurs.Jean-Philippe Beja, sinologueà franceinfo

Si cette politique de fuite en avant qu'il mène depuis environ cinq ans, peut-être même depuis sept ans, aboutit à une détérioration de la position de la Chine sur la scène internationale, on risque de lui reprocher et cela risque de l'affaiblir très sérieusement. Donc, je crois qu'une seule mesure d'un seul pays ne permettra pas de changer les choses. Mais un ensemble de réactions vis-à-vis de la Chine permettrait évidemment d'affaiblir Xi Jinping et peut-être renforcer ce qui doit être son opposition.