Enlèvement de Mia : "Il y a un désir chez les survivalistes de sortir du système", affirme un sociologue

D'après les premiers éléments de l'enquête sur la disparition de Mia, les quatre suspects en garde à vue sont des adeptes du survivalisme. Un mode de vie apprécié par ceux qui souhaitent "sortir du système", explique Bertrand Vidal, sociologue et auteur de "Survivalisme", vendredi 16 avril sur franceinfo.

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Stock de vivres constitué par des survivalistes aux Etats-Unis (illustration). (ROB KERR / AFP)

Le profil des quatre personnes interpellées soupçonnées d'avoir participé à l'enlèvement de la petite Mia, toujours introuvable interroge. Selon les premiers éléments de l'enquête, ils sont proches du mouvement survivaliste. Lors d'une conférence de presse, le procureur de la République d'Épinal a par ailleurs évoqué le profil de la mère de Mia et son intention de passer "sous les radars de la société". Ce qui n'étonne pas Bertrand Vidal, sociologue à l’université Paul-Valéry de Montpellier et auteur de Survivalisme. Car selon lui, "il y a un désir chez les survivalistes de sortir du système".

Le profil des personnes interpellées après la disparition de Mia pourrait s'apparenter à celui de la mouvance survivaliste. Est-ce que ça y ressemble ?

Des actes d'une mouvance extrême du mouvement survivaliste. Le survivalisme est une culture de l'anticipation catastrophique, avec des individus qui vont se préparer à l'effondrement futur de notre civilisation. Certains de manière assez douce, en retournant dans les bois et en apprenant des techniques anciennes, comme savoir faire du feu ou bivouaquer. D'autres utilisent le même vocable de la résilience pour se défendre de ce futur négatif possible. Un futur qu'ils imaginent comme étant un retour à la barbarie, à la sauvagerie, où l'homme est un loup pour l'homme. Donc forcément, parfois, apprendre des techniques de combat à l'arme à feu, manier des explosifs, se battre, etc.

"Résistance", le mot a été employé par l'un des hommes soupçonnés dans cette affaire, ce serait exfiltrer cette fillette de la société, du système ?

Voilà, il y a un désir chez les survivalistes de sortir du système. Parfois à juste titre, parce qu'ils qualifient le système d'une forme d'assistanat, qui fait de nous des malades. Ce qu'ils critiquent, c'est la société de consommation, de la finance à tout va. Mais parfois leurs alternatives sont un tantinet extrêmes.

La proximité avec l'extrême droite, elle va souvent avec ces mouvements-là ?

Il y a un désir de retour aux sources, aux origines. Certains vont dire que nos sources sont la nature, la forêt. D'autres vont dire que c'est le Gaulois, certains se disent vikings, certains se disent soldats du Christ, etc. Mais il faut savoir que derrière il y a aussi une tendance à la militarisation. Ils parlent de teotwawki, c'est-à-dire "la fin du monde tel que nous le connaissons", mais aussi de sacs d'évacuations. Il y a un vocable, des tenues très militaires aussi.

Peut-on être dans un phénomène sectaire ?

Le principe du survivalisme, derrière la résilience et l'autonomie revendiquées, c'est la volonté de se mettre en retrait de la société et de créer sa propre société de survie dans laquelle ils seraient les élus de l'apocalypse et nous autres les damnés de l'apocalypse. Il y a quelque chose de l'ordre du phénomène sectaire. Je n'utilise pas ces mots-là, mais il y a le repli sur soi qui est bien présent chez les survivalistes.

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