"C'est souvent difficile de trouver des employeurs disponibles": l'apprentissage en Ehpad, une voie encore trop méconnue

Un rapport remis mardi 29 octobre à la ministre de la Santé doit permettre de faciliter l'accès au métier d'aide-soignant.

Joanna et Jackie, en apprentissage à l\'école d\'aide-soignants de la Croix-Rouge de Romainville, en Seine-Saint-Denis.
Joanna et Jackie, en apprentissage à l'école d'aide-soignants de la Croix-Rouge de Romainville, en Seine-Saint-Denis. (SOLENNE LE HEN / RADIO FRANCE)

Comment donner envie de travailler au service des personnes âgées ? C’est l’objet du rapport que remet l’ancienne ministre Myriam El Khomri à l’actuelle ministre de la Santé, Agnès Buzyn, mardi 29 octobre. Alors que la population vieillit, certains métiers de demain connaissent une crise de vocation. En tête, le métier d'aide-soignant dans les Ehpad. De moins en moins de candidats s'engagent dans ce métier réputé difficile et insuffisamment payé alors que des milliers de postes restent aujourd’hui vacants, et qu’il va y avoir à l’avenir de plus en plus de travail.

Le rapport remis par Myriam El Khomri propose donc, comme pour les infirmiers cette année, de supprimer le concours d’aide-soignant, pour que l’accès au métier soit facilité. L’ancienne ministre propose aussi de développer l’apprentissage. Une voie encore trop méconnue, mais qui pourrait à l’avenir attirer des candidats.

Moitié Ehpad, moitié école

Depuis un mois et demi, Jackie est en formation à l'école d’aide-soignants de la Croix-Rouge de Romainville, en Seine-Saint-Denis. Avant cela, elle a presque tout fait : hôtesse d’accueil dans un aéroport, préparatrice de commandes… Mais le monde hospitalier l'a toujours attirée. "Depuis toute petite, je rêve de blouses blanches", glisse-t-elle. Cette jeune femme de 28 ans a obtenu le concours d'aide-soignant, et elle a choisi l’apprentissage. Payée 90% du smic, elle passe la moitié du temps dans un Ehpad, l’autre moitié à l’école. "Ça me permet de pratiquer, et en même temps de faire de la théorie, ce qu'on voit à l'école. Et quand on est au travail, on voit vraiment le métier en question."

"Ca va, madame Chapeau ? On va vous retourner pour faire le dos. Vous venez vers moi ?" Jackie s'entraîne pour la toilette. À l'école, la théorie se pratique avec Mme Chapeau, une vieille dame alitée. Enfin presque, madame Chapeau est en fait un mannequin sur lequel Jackie s’entraîne. Elle prend ces exercices très au sérieux : "Est-ce que vous avez mal quand vous toussez ?" Jackie souhaite travailler ensuite en Ehpad, pourquoi pas celui où elle suit sa formation. Son apprentissage pourrait déboucher sur un CDI. "On est déjà habitués à certains résidents donc on a aussi envie de dire "moi je connais plus cet Ehpad que les autres"". 

On connaît souvent l'apprentissage dans l'artisanat, mais c'est aussi possible pour les aide-soignants et les infirmiersLouise Thoravalà franceinfo

Pour le moment, seuls une centaine d’aide-soignants sont formés en apprentissage chaque année. Une option qui n'est pas suffisamment développée, selon Louise Thoraval, formatrice à l’école d’aide-soignants. "Pour le paramédical, c'est encore très peu développé, cela reste pour l'instant très méconnu des employeurs. Du coup, c'est souvent difficile de trouver des employeurs disponibles pour l'apprentissage. Donc c'est quelque chose qui a besoin d'être connu."

Le rapport El Khomri propose d’augmenter fortement l’apprentissage pour la formation d’aide-soignant. De son côté, le syndicat des Ehpad privés s’est engagé à embaucher davantage d’apprentis dans les prochaines années.

L'apprentissage en Ehpad, une voie encore trop méconnue - Le reportage de Solenne Le Hen
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