Tribune des auteurs de BD : "Démarrer maintenant" le métier, "est extrêmement difficile", assure Florence Cestac

La lauréate du Grand Prix du Festival de BD d'Angoulême, Florence Cestac, dénonce mercredi sur franceinfo les conditions de plus en plus dures dans lesquelles les jeunes dessinateurs exercent leur profession.

400 auteurs de BD signent une pétition dans Libération contre la précarisation de leur profession. Ci-contre, une jeune fille regarde des mangas lors du 43e Festival d\'Angoulême en janvier 2016.
400 auteurs de BD signent une pétition dans Libération contre la précarisation de leur profession. Ci-contre, une jeune fille regarde des mangas lors du 43e Festival d'Angoulême en janvier 2016. (GEORGES GOBET / AFP)

Alors que le festival d'Angoulême s'ouvre jeudi 25 janvier, 400 auteurs de BD signent mercredi dans Libération une tribune intitulée "Auteurs de BD en danger". Il s'agit de dénoncer la précarisation croissante de leur profession. Invitée de franceinfo, Florence Cestac, signataire de la tribune et seule femme à avoir remporté le Grand Prix du Festival de BD d'Angoulême, en 2000, estime que ces difficultés touchent particulièrement les jeunes auteurs.

franceinfo : Vous écrivez dans cette tribune que plus d'un tiers des auteurs de BD vivent sous le seuil de pauvreté. Comment est-ce possible dans un marché aussi florissant ?

Florence Cestac : C'est vrai, c'est surtout valable pour les jeunes. Démarrer maintenant est extrêmement difficile. Il y a une surproduction d'albums de bande dessinée et pour sortir du lot c'est extrêmement difficile. Ils sont très mal payés. Å mon époque, on commençait dans les journaux, on était payé à la page, ce qui n'est plus le cas, ou rarement maintenant. Donc c'est difficile d'en vivre.

Est-ce que c'est une situation dont on a conscience quand on se lance dans la BD, comme dans tous les arts ?

Il faut prévenir les jeunes que ça ne va pas être facile. J'en vois pas mal passer qui montent leur dossier ou qui me demandent des conseils. Je leur dis : "Vous voulez vraiment faire ça ? Parce que c'est un métier long et difficile". Il faut à peu près un an pour faire un album de bande dessinée. Pendant ce temps-là, il faut en vivre et pouvoir travailler.

Pouvez-vous nous donner un chiffre moyen de ce que paye un éditeur pour un album ?

Je suis une vieille dame de la bande dessinée et j'ai un éditeur qui fait bien son métier et qui suit ses auteurs. Il y a tous les prix. Il y en a qui sont payés 7 000 euros pour faire un album pendant un an, ce n'est pas possible. Il faut, soit avoir un autre boulot à côté, soit avoir un conjoint qui vous entretienne. Ce n'est vraiment pas facile. Les femmes qui ont des enfants, c'est encore plus compliqué. Il y a beaucoup d'auteurs qui s'engagent dans cette voie-là. Il ne faut pas les décourager, mais il faut vraiment les prévenir.