Tomi Ungerer était "un esprit facétieux, créatif, généreux" avec des "petits yeux qui brillent en permanence"

Le premier adjoint au maire de Strasbourg chargé de la culture se souvient d'un homme qui "aimait la vie". 

Tomi Ungerer le 26 octobre 2007 à l\'inauguration du musée Tomi Ungerer, à Strasbourg.
Tomi Ungerer le 26 octobre 2007 à l'inauguration du musée Tomi Ungerer, à Strasbourg. (OLIVIER MORIN / AFP)

Le dessinateur alsacien Tomi Ungerer, disparu le 9 février à l'âge de 87 ans, était "un esprit facétieux, créatif, généreux" avec des "petits yeux qui brillent en permanence", selon le premier adjoint au maire de Strasbourg chargé de la culture. Alain Fontanel a rendu hommage sur franceinfo à l'illustrateur, auteur notamment des Trois brigands et de Jean de la Lune.

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franceinfo : Vous qui connaissiez bien Tomi Ungerer, qui était-il ?

Alain Fontanel : C'est un esprit incroyable. Il ne s'arrête jamais. C'est un esprit facétieux. Il a ses petits yeux qui brillent en permanence, il vous regarde et il pense déjà soit à la blague qu'il va formuler soit à une nouvelle histoire qu'il va raconter. Il a souvent son petit carnet et il prend des notes. Nous étions, mi-octobre, à l'Élysée pour la remise de la Légion d'honneur par le président de la République, il avait une canne à laquelle il avait accroché une sonnerie de vélo. Pendant la cérémonie, alors que tout le monde attend le président de la République, tout d'un coup il fait sonner sa sonnerie, tout le monde se met au garde-à-vous croyant que c'est le protocole qui lance l'arrivée du président mais en fait non, c'est lui qui s'impatientait et tout le monde s'est mis à rigoler. Vraiment c'était un esprit facétieux, créatif, généreux. Un mauvais caractère aussi, bien sûr, mais il aimait la vie et souvent il en abusait.

Un musée lui rend hommage à Strasbourg, il expose notamment beaucoup d'affiches dessinées et peintes aux États-Unis. Comment sont-elles ?

Il y a toute une série d'affiches, d'abord l'une des plus célèbres, Black power, white power sur la lutte pour les droits civiques aux États-Unis et il y a toute une série d'affiches sur la guerre du Vietnam, qui pointent toutes les contradictions avec un talent incroyable, toutes les contradictions de la société américaine qui, au nom des droits de l'homme, écrase ce peuple qui cherchait l'indépendance. Ce sont toujours des dessins assez bruts, assez durs, très colorés, mais qui ont un impact immédiat. Il est vraiment à la limite des techniques de la publicité, c'est très parlant, sans texte, tout de suite on voit l'idée. Il fait un grand écart, il a ses dessins incroyables pour les enfants, Les Trois brigands, Jean de la Lune, qui ont bercé tellement d'enfances et puis ces dessins beaucoup plus violents et beaucoup plus revendicatifs. Il y a aussi au musée Tomi Ungerer un étage secret, un étage interdit aux enfants, avec des dessins et des objets érotiques, c'est encore un autre univers de Tomi Ungerer.

C'était aussi un artiste engagé pour le rapprochement franco-allemand...

Oui, d'ailleurs il a d'abord été connu en Allemagne et aux États-Unis avant d'être connu en France et il a fait de très beaux dessins avec un Français et un Allemand sur une barque sur le Rhin, qui symbolisait le rapprochement nécessaire et au fond c'était toute sa vie, il s'estimait porteur de cette double culture, qui fait de lui évidemment un artiste international, un artiste européen. (…) C'est un artiste qui porte toute l'histoire complexe de notre région. Il a lui-même subi pendant son enfance l'occupation nazie et ensuite il s'est échappé, il est parti dans les années 1950 aux États-Unis et c'est là qu'il est devenu un grand artiste avant de revenir en France, de revenir à Strasbourg où il était évidemment toujours très présent et très attaché, avec ce musée qui depuis 2007 lui est dédié. C'est très rare d'avoir un musée de son vivant mais il l'a fait avec la ville de Strasbourg.