Tableau de maître retrouvé dans une maison à Compiègne : "C'est l'aventure de toute une vie", confie la commissaire-priseur qui a fait la découverte

"Certains commissaires-priseurs peuvent attendre toute une vie. C'est plus que le Graal", se réjouit maître Philomène Wolff, diplômée depuis un an.

\"Le Christ moqué\' du maître italien Ceno Di Pepo, dit Cimadue. 
"Le Christ moqué' du maître italien Ceno Di Pepo, dit Cimadue.  (PHILIPPE LOPEZ / AFP)

"Je crois que c'est vraiment l'aventure de toute une vie. Ça restera très longtemps gravé dans ma mémoire", a indiqué mardi 24 septembre sur franceinfo, maître Philomène Wolff, commisseur-priseur à Compiègne. Elle a découvert, un tableau du grand peintre italien Ceno Di Pepo, dit Cimabue (1272-1302), un maître de la pré-Renaissance. Ce tableau "Le Christ Moqué" était dans un pavillon à Compiègne dans l'Oise, parmi tout un bric-à-brac.

"Tout le monde l'a toujours vu accroché sur ces murs de jonction au-dessus du bar entre la cuisine américaine et le grand salon mais sans plus d'explications", a-t-elle ajouté. "C'est quelque chose qui n'avait pas d'importance pour cette famille". Or après analyse, on découvre que ce chef d'œuvre peut valoir entre 4 et 6 millions d'euros.


franceinfo : Dans quel contexte, dans quel genre de maison a été retrouvé ce tableau ?

Philomène Wolff : C'est une maison d'architecte moderne avec des grands volumes donc des mobiliers très imposants. On a retiré peut être une centaine de lots que l'on a vendus à la salle des ventes. Et parmi cette centaine de lots, il y avait cette icône. Tout le monde l'a toujours vue accrochée sur ces murs de jonction au-dessus du bar entre la cuisine américaine et le grand salon mais sans plus d'explications. Donc pour nous, gros point d'interrogation. Pour eux, c'est une icône russe religieuse du dix-neuvième siècle, un objet de dévotion si vous voulez, comme il en existe beaucoup. Pour mon œil de commissaire-priseur, il est un peu plus que ça. Je pense tout de suite à un primitif italien. Toute cette composition est quand même assez artistique et très personnelle. On se dit 'ça ne peut pas être une petite main c'est impossible'.

Que ressentez-vous à ce moment-là, face à cette trouvaille ?

On ne sait pas encore que cette trouvaille va être celle que l'on connaît aujourd'hui forcément. On a fait tout ce processus de recherche et d'analyse scientifique. Mais on a un petit peu d'excitation, ça c'est sûr, on ne pense pas encore à chiffrer l'estimation en million d'euros. On pense plutôt en centaine de milliers d'euros ce qui est déjà beaucoup.


Il s'en est fallu de peu pour que ce tableau soit traité comme une vulgaire croûte et parte à la benne ?

Mais complètement. La famille n'accordait aucune importance à cette icône. Elle était accrochée au-dessus du bar, à côté de la plaque de cuisson dans la cuisine depuis des années. C'est quelque chose qui n'avait pas d'importance pour cette famille. Un vulgaire objet de dévotion. Pour peu qu'ils n'aient pas la foi, c'était quelque chose qui était simplement décoratif avec un attachement familial mais sans plus aucune signification artistique pour eux.

Vous êtes commissaire-priseur depuis un an. Ça confirme que vous avez choisi la bonne orientation, que vous avez l'œil du commissaire-priseur ?

Il faut rester humble quand même mais j'ai beaucoup de chance effectivement à 32 ans d'avoir trouvé ce trésor. Certains commissaires-priseurs peuvent attendre toute une vie. C'est plus que le Graal. Je crois que c'est vraiment l'aventure de toute une vie. Vraiment ça restera je crois très longtemps gravé dans ma mémoire.