Ne pas avoir le prix Nobel, "ça faisait rire" Philip Roth, "c'était devenu un gag", raconte l'écrivaine Josyane Savigneau

L'écrivain américain Philip Roth est mort, mardi, à l'âge de 85 ans. Il n'a jamais obtenu le prix Nobel de littérature. "Il écrivait des choses trop sexuelles pour ces gens-là", estime Josyane Savigneau, sur franceinfo.

L\'écrivain américain Philip Roth est mort à l\'âge de 85 ans
L'écrivain américain Philip Roth est mort à l'âge de 85 ans (JIM WATSON / AFP)

L'un des grands noms de la littérature est mort. Philip Roth s'est éteint mardi, à 85 ans, après une carrière de 50 ans marquée par de grands classiques. Josyane Savigneau, ancienne directrice du Monde des Livres pour le journal Le Monde, l'avait rencontré à plusieurs reprises. "Quand il écrivait, c'était quelqu'un d'assez rude parce qu'il était très concentré sur son travail", a-t-elle raconté mercredi 23 mai sur franceinfo.

franceinfo : Qui était Philippe Roth ?

Josyane Savigneau : C'était un grand, c'est sûr. Il a interrogé comme personne les Etats-Unis de la seconde moitié du XXe siècle. Il refusait d'être qualifié d'écrivain juif américain. Il disait : "Je suis écrivain américain tout court". Mais, il a quand même totalement interrogé la question juive, notamment la question de la sexualité. C'est ça qui lui a valu d'être un écrivain scandaleux. La communauté trouvait qu'il parlait mal des juifs, ils le traitaient de mauvais juif. Ça s'est arrangé très récemment. Pour ses 80 ans, il y a eu une grande célébration pour dire tout ce que son œuvre avait apporté à la littérature américaine, dans la grande synagogue de New York.

Comment s'est passée votre rencontre avec Philippe Roth ?

Il était très désagréable, il n'aimait pas les journalistes. On avait essayé de me dissuader. On m'avait dit, il aime draguer les filles mais tu es déjà trop vieille pour lui. Donc, je l'ai trouvé absolument odieux et j'ai dit que plus jamais je n'irai voir ce type. Finalement, j'ai dit que je ne le reverrai jamais et je l'ai revu, ça s'est arrangé et nous sommes devenus amis.

Comment était-il ?

Quand il écrivait c'était quelqu'un d'assez rude parce qu'il était très concentré sur son travail. Je l'ai vu pour la dernière fois en octobre et il m'a dit, tu vois maintenant je suis devenu gentil et ennuyeux. Je lui ai dit ennuyeux sûrement pas mais gentil, c'est vrai. Mais, je préférais quand vous écriviez et que vous n'étiez pas gentil. Il avait dans la vie, comme dans ses livres, un humour absolument incroyable.

Philippe Roth n'a jamais eu le Nobel. Est-ce que cela le gênait ?

C'était devenu un gag, ça le faisait rire. Vous savez, il faut arrêter de fantasmer sur le Nobel. Est-ce que Proust a eu le Nobel ? Non. Il écrivait des choses trop sexuelles pour ces gens-là.