L'hommage de Claude Lelouch à Agnès Varda : "Elle a essayé de faire plaisir à ceux qui allaient voir ses films"

Le cinéaste est revenu sur la disparition d'Agnès Varda, morte dans la nuit de jeudi à vendredi à l'âge de 90 ans.

Agnès Varda lors du festival de Cannes en 2017.
Agnès Varda lors du festival de Cannes en 2017. (LOIC VENANCE / AFP)

"C'est une très grande dame du cinéma qui s'en va aujourd'hui", a salué vendredi 28 mars le cinéaste Claude Lelouch, après la mort de la réalisatrice Agnès Varda à l'âge de 90 ans, chez elle des suites d'un cancer. "On a vécu la Nouvelle Vague. On a fait un film ensemble.... C'est une femme remarquable, extraordinaire", a poursuivi Claude Lelouch, pour qui "c'est une perte importante pour le cinéma français".

franceinfo : Quelle est votre première réaction après la mort d'Agnès Varda ?

Claude Lelouch : On a vécu les mêmes années. On a vécu la Nouvelle Vague. On a fait un film ensemble, Loin du Vietnam. C'est une femme remarquable extraordinaire. Tous les adjectifs peuvent s'additionner les uns aux autres, parce qu'elle a été dans tous les combats. C'était un grand auteur, un grand metteur en scène. Elle a été une des premières femmes metteurs en scène avec La Pointe courte (son premier film). Tout au long de sa carrière, même quand elle a rencontré Jacques Demy avec qui elle a fait des choses formidables, c'est une femme qui n'a fait que des choses positives et qui a essayé de faire plaisir à ceux qui allaient voir ses films. C'est une très grande dame du cinéma qui s'en va aujourd'hui. Je l'ai revue il n'y a pas longtemps, elle avait encore l'air d'être en pleine forme. J'étais même étonné de sa vitalité. On pourra dire qu'elle n'a jamais pris sa retraite. Elle a toujours été dans l'action. Et dans tous les combats. C'est une perte importante pour le cinéma français.

Comment l'avez-vous rencontrée ?

C'était à l'époque de Loin du Vietnam, un film choral que l'on avait fait contre la guerre. Il y avait Alain Resnais et [Jean-Luc] Godard. On s'était tous rencontrés pour faire ce film et c'est à ce moment-là que j'ai vu que c'était une femme de combat et que c'était surtout un grand cinéaste. À chaque fois que je la voyais, on parlait de cinéma. On prenait un plaisir fou à voir à quel point elle était dans le cinéma de demain, dans les possibilités, dans la nouvelle écriture. Elle a toujours été passionnée, fascinée par les possibilités du cinéma, la technologie. C'est une femme remarquable, extraordinaire. Je ne peux vous dire que des choses merveilleuses à son égard.

Qu'est ce qui faisait d'Agnès Varda quelqu'un d'extraordinaire ?

C'était un grand photographe au départ et qui a découvert que le cinéma permettait d'améliorer la vision photographique. Les deux se marient tellement bien qu'elle a été ce lien formidable entre la photo et le cinéma. C'est important. Elle a montré les vertus de l'un et de l'autre. Elle n'a jamais renié la photo, elle n'a jamais renié le cinéma et montré que ce sont deux arts complémentaires. Elle a pratiqué cela toute sa vie. Elle a parlé de choses essentielles. Les femmes lui doivent beaucoup. Tous les combats des femmes doivent beaucoup à Agnès Varda. Elle a été une des premières à mener ces combats. On s'est souvent rencontrés pour se dire de belles choses. Elle était curieuse des films des autres. À mon âge, on perd beaucoup de copains... Avec Michel Legrand, ça commence à faire beaucoup...