Silencieux, propre, sans périscope... Huit choses à savoir sur le "Suffren", la "Formule 1" des sous-marins nucléaires

Ce nouveau submersible a été inauguré vendredi par Emmanuel Macron.

Le \"Suffren\", premier sous-marin d\'attaque de la classe Barracuda, a été lancé par Emmanuel Macron le 12 juillet 2019 à Cherbourg (Manche).
Le "Suffren", premier sous-marin d'attaque de la classe Barracuda, a été lancé par Emmanuel Macron le 12 juillet 2019 à Cherbourg (Manche). (LUDOVIC MARIN / AFP)

Il est le premier d'une série de six nouveaux sous-marins nucléaires de l'armée française. Le Suffren a officiellement été lancé par Emmanuel Macron, vendredi 12 juillet, lors d'une cérémonie à Cherbourg (Manche), lors de laquelle le président a célébré cet outil de "l'indépendance de la France". Plus performant, plus silencieux, plus écolo, ce nouveau sous-marin est déjà un succès commercial pour son constructeur, Naval Group.

1Le premier sous-marin français lancé depuis plus de dix ans

Le Suffren, dont le lancement vendredi marque le début de sa période d'essai, est le premier sous-marin français inauguré depuis plus de dix ans. Le dernier en date, Le Terrible (un sous-marin lanceur d'engins), avait été lancé en mars 2008. Le Suffren, lui, n'est pas un lanceur d'engins, mais appartient à la catégorie des sous-marins nucléaires d'attaque (SNA).

Ce 17e sous-marin nucléaire français est la tête de série (c'est-à-dire le premier à être livré) des sous-marins de classe Barracuda, appelés à remplacer leurs prédécesseurs de la classe Rubis, qui ont commencé à entrer en service au début des années 1980. Depuis douze ans, 800 entreprises et plus de 10 000 personnes ont participé à sa construction.

2Il est "taillé pour le combat"

Les sous-marins d'attaque comme le Suffren ont pour mission de protéger les sous-marins lanceurs d'engins nucléaires, de traquer les sous-marins ennemis, d'attaquer des cibles et de recueillir des renseignements.

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"Ce qui naît aujourd'hui avec le Suffren, c'est un chasseur, pas un bateau qui va se cacher au fond de l'océan, c'est un bateau qui est taillé pour le combat" pour "rencontrer des adversaires", les "frôler" et "mener des missions de combat", a expliqué à la presse l'amiral Christophe Prazuck, chef d'état-major de la marine.

Avec cette nouvelle génération de sous-marins, "on passe de la 207 à la Formule 1 !", se félicite le capitaine de vaisseau Bertrand Dumoulin, porte-parole de la marine nationale. Car les sous-marins Barracuda offrent un véritable saut technologique par rapport aux Rubis.

3Il fera "moins de bruit qu'un banc de crevettes"

Au rayon des évolutions technologiques, le silence du nouvel appareil est l'un des aspects les plus impressionnants. Par rapport aux Rubis, le Suffren est "dix fois plus silencieux", selon l'amiral Prazuck. "Il fera moins de bruit qu'un banc de crevettes", renchérit un responsable de Naval Group. Il est aussi "plus endurant, peut rester 70 jours à la mer [contre 45 pour les Rubis] et il est plus redoutable", avec des missiles de croisière navals, des missiles antinavires Exocet et des torpilles lourdes.

Le Suffren sera ainsi capable de tirer des missiles de croisière d'une portée de 1 000 km contre des cibles à terre. Il pourra aussi déployer des forces spéciales via un hangar de pont amovible. "C'est une base avancée secrète et immergée pour les nageurs de combat et leur équipement, dont un mini sous-marin", explique Bertrand Dumoulin.

4Il ne rejettera aucun déchet en mer

Autre particularité de ce nouveau sous-marin : il ne rejettera aucun déchet ménager en mer, souligne sur franceinfo la ministre des Armées, Florence Parly, vantant l'aspect écologique du nouveau vaisseau. 

5Il n'a pas de périscope

Fini le périscope ! Le Suffren abandonne cet élément emblématique. Ce long tube coulissant traversant la coque était en effet un point de vulnérabilité sur les vaisseaux classiques. A la place, pour observer ce qu'il se passe à la surface : des caméras placées en haut d'un mât qui retransmettent les images sur les écrans des sous-mariniers.

6Il pourra accueillir des équipages féminins

Le Suffren, mastodonte de 99 mètres de long, permettra d'accueillir un équipage de 65 personnes, dont deux "oreilles d'or", ces analystes capables grâce à une ouïe extraordinaire de déceler des bruits précis comme ceux provoqués par les ouvertures ou les fermetures de porte des tubes lance-armes sur un bâtiment de guerre.

Pour la première fois dans le cas d'un sous-marin d'attaque, des personnels féminins pourront naviguer à bord. La précédente génération, trop exiguë, ne permettait pas d'aménager des espaces de vie séparés. La féminisation de l'équipage a été rendue possible, car elle a été imaginée dès la conception du sous-marin. "Pour qu’un bâtiment soit féminisé, il faut que des postes puissent être 100% réservés aux femmes, c’est-à-dire là où les marins dorment et là ou elles se douchent", explique ainsi un porte-parole de la marine nationale au Huffington Post.

7Il est moins cher que ses concurrents

Le coût du programme (développement et construction) s'élève à 9,1 milliards d'euros, soit "à peu près 1 milliard par navire, 30 à 40% moins cher que ceux de nos partenaires européens", assure le PDG de Naval Group, Hervé Guillou. Le programme Barracuda accuse toutefois trois ans de retard.

Après les essais à quai, puis en mer, le Suffren sera livré à la marine nationale à Toulon avant l'été 2020. Cinq autres vaisseaux seront livrés par la suite : le Duguay-Trouin, le Tourville et le De Grasse, d'ici à 2025, puis le Rubis et le Casabianca. Chacun d'eux devrait pouvoir rester en service pendant trente ans, soit jusqu'en 2060 pour le dernier qui sera mis en service.

8Il a été acheté en 12 exemplaires par l'Australie

Le nouveau sous-marin français est d'ores et déjà un succès commercial pour son constructeur Naval Group, puisque douze appareils ont été vendus en 2017 à l'Australie dans le cadre d'un contrat colossal de plus de 30 milliards d'euros. Le premier submersible sera livré à Canberra en 2030.

On note ces dernières années une augmentation du nombre de sous-marins dans le monde, après la baisse observée à l'issue de la guerre froide. En cinq ans, leur nombre, évalué à plus de 450, a augmenté de 6%.