Sécurité : la Cour des comptes estime "plus pertinent" que la mission Sentinelle ne soit plus confiée aux militaires

La Cour des comptes avance que la menace terroriste a changé depuis 2015. Les militaires se voient confier des missions éloignées de leur cœur de métier dans le cadre de l'opération Sentinelle selon le rapport, qui plaide pour qu'elle soit confiée aux forces de sécurité intérieure. 

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Radio France
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Une patrouille de l'opération Sentinelle au centre-ville de Montpellier, en juillet 2021.  (PASCAL GUYOT / AFP)

La Cour des comptes propose, dans un rapport publié lundi 12 septembre, de transférer la mission Sentinelle aux forces de sécurité intérieure (police nationale, police municipale et gendarmerie) car elle ne juge plus "pertinent" que cette mission soit confiée aux militaires, d'une part parce que la menace terroriste a changé depuis les attentats de 2015 et d'autre part parce que les militaires sont souvent employés pour des missions éloignées de leur métier.

Pour elle, la menace terroriste a changé depuis les attentats de 2015 et la mise en place de l'opération Sentinelle. La menace terroriste, qui était exogène, venant de l'extérieur, à savoir de l'Etat islamique, est maintenant endogène, elle vient de l'intérieur, par des individus isolés qui s'inspirent de l'Etat islamique, mais qui n'y sont pas nécessairement affiliés. "Il en résulte que les forces militaires qui ne disposent ni du renseignement intérieur, ni de pouvoirs de police, ni des armements appropriés en zone urbaine, ne paraissent pas les mieux placées pour faire face à la nouvelle forme de menace", souligne-t-elle.

Des missions "éloignées de leur cœur de métier"

La Cour dénonce "l'affichage de militaires dans les rues" à des fins de tranquillité publique et de perception plus que d'efficacité militaire, notant, en s'appuyant sur un rapport de l'inspecteur des Armées, que les autorités et les forces de sécurité intérieure - police municipale, nationale et gendarmerie - ont une sorte "d'addiction" à la force Sentinelle et que cela contribue à la "banalisation" de leur présence, à "l'amalgame" des militaires avec les forces de l'ordre et à la "dilution" des forces militaires.

La Cour pointe le fait que les militaires de l'opération Sentinelle sont largement employés pour "des missions éloignées de leur cœur de métier", en sécurisant par exemple 400 événements organisés pendant la présidence française du Conseil de l'Union européenne la première moitié de l'année 2022 ou, bientôt, la Coupe du monde de rugby en 2023 et les Jeux olympiques de Paris-2024.

Entre 2015 et 2020, la force Sentinelle est intervenue plus de 18 400 fois, dont seulement six fois sur des actes de nature terroriste. Elle intervient en réalité principalement en appui des forces de l'ordre, pour faire respecter des périmètres de sécurité autour d'un colis ou d'un véhicule suspect, sur des signalements d'activité suspecte, de l'aide à la personne, des altercations sur la voie publique ou des dégradations de bien.

Pendant ce temps, les militaires ne mettent pas à profit leurs compétences notamment en matière de planification, de dissuasion, de combats avec armes de guerre, de mobilisation de forces spéciales, de blindés, de génie, de protection et d'intervention contre les risques nucléaires, radiologiques ou biochimiques, de lutte anti-drones, de libération d'otages, etc.

Un coût de trois milliards d'euros

De plus, la Cour des comptes estime qu'une nouvelle répartition des missions entre militaires et forces de sécurité intérieure est "indispensable" dans le contexte de la guerre en Ukraine qui représente une "période d'incertitudes" pendant laquelle il est préférable que les forces miliaires ne soient pas détournées ni dispersées.

"Il appartient donc aux forces de sécurité intérieure de reprendre des secteurs d'activité qui leur reviennent en priorité et pour lesquels elles sont mieux équipées qu'en 2015 dans la mesure où les moyens humains et matériels ont été significativement renforcés pour leur permettre de faire face à la menace terroriste", conclut la Cour des comptes.

Dans son rapport, la Cour estime que l'opération Sentinelle a coûté deux milliards d'euros cumulés de 2015 à 2020, voire trois milliards d'euros si l'on tient compte des jours pendant lesquels les militaires ne patrouillent pas. La force Sentinelle a compté, en moyenne, plus de 7 000 hommes par jour en 2015, puis a été réduite à moins de 4 000 en 2020.

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