L’armée de l'Air devient aussi celle de l’espace : "On prend en compte la menace de destruction de nos satellites", selon un spécialiste

L'armée française a ajouté vendredi à ses attributions fondamentales un nouveau terrain d'opérations, l'espace, plus vaste que tous les autres réunis et enjeu d'ambitions.

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Le général Dominique Trinquand, le 14 juillet 2017. (FRANCEINFO)

"La nouveauté, c'est simplement qu'on prend en compte la menace de destruction ou d’endommagement d’un certain nombre de nos satellites en mettant en place un commandement rattaché à l'armée de l'Air", a expliqué le général Dominique Trinquand vendredi 24 juillet sur franceinfo. Dans un entretien au journal La Provence ce vendredi, la ministre des Armées Florence Parly annonce que l'armée de l'Air va devenir une "armée de l'air et de l'espace". Selon Dominique Trinquand, spécialiste des relations internationales et ancien chef de la mission militaire française auprès de l’ONU, "la France respecte les normes internationales qui disent que l'espace ne doit pas être militarisé, au sens où il ne doit pas y avoir d'affrontement dans l'espace. Donc, les mesures que la France prend sont des mesures défensives".

Quelles opérations militaires peuvent être menées dans l’espace ?

L’armée est dans l'espace depuis très longtemps. Nos satellites de communication ou d'observation sont depuis des dizaines d'années en l'air. La nouveauté, c'est simplement qu'on prend en compte la menace de destruction ou d’endommagement d’un certain nombre de nos satellites en mettant en place un commandement rattaché à l'armée de l'Air. Un commandement spécifique s'installe à Toulouse et va surveiller nos satellites de façon à mieux les protéger. Il va aussi mettre en place un certain nombre d'éléments comme des satellites patrouilleurs ou des caméras 360 degrés qui permettent de protéger nos satellites contre des attaques.

Quels sont les risques en cas d'attaque sur les satellites militaires français ?

Nous avons des troupes qui sont déployées actuellement dans le Sahel ou au Moyen-Orient. Les communications passent par des satellites militaires. Et ces satellites, donc, donnent un confort pour le commandement extraordinaire, mais sont aussi vulnérables. Et donc, il s'agit de diminuer la vulnérabilité de ces satellites de façon à permettre la continuité du commandement de ces opérations.

Si un jour on est attaqué, est-ce que la France peut s'aventurer à son tour dans un affrontement militaire spatial ?

Pour l'instant, la France respecte les normes internationales qui disent que l'espace ne doit pas être militarisé, au sens où il ne doit pas y avoir d'affrontement dans l'espace. Donc, les mesures que la France prend sont des mesures défensives. Pour l'instant, elle ne prend pas de mesures offensives. Ce n'est pas dans son intention d'aller détruire d'autres satellites. Sauf peut-être mettre en place des systèmes laser qui pourraient aveugler un satellite qui viendrait attaquer un satellite français.

Les États-Unis accusent la Russie d’avoir testé une arme anti-satellite. Qu’en pensez-vous ?

C'est un peu comme dans le cyberespace dans lequel, tout le monde nie mettre en œuvre des moyens offensifs pour attaquer l'adversaire. Pourquoi ? Parce qu'il est extrêmement difficile d'en avoir les preuves. Donc, on voit bien la réaction des Russes à l'attaque américaine, qui est de dire 'tout ça, c'est de la propagande'. Dans le cyberespace, il y a des attaques en permanence en ce moment. Simplement elles restent en dessous du niveau important, même si les récentes attaques en Iran, en particulier sur les centrifugeuses et les moyens nucléaires iraniens, montrent qu'il y a des actes qui peuvent être extrêmement dommageables. Mais ça reste dans le domaine peu public.

Le but d’investir l’espace, c’est comme avec l’arme nucléaire, de faire de la dissuasion ?

Exactement. Nous restons dans l'optique de nous défendre, d’être capables d'utiliser nos satellites sans qu'on les attaque. Ce commandement sera installé à Toulouse. Il est donc séparé de l’état-major de l’armée de l’Air qui est à Paris. C’est environ 200 personnes qui seront déployées au départ. A terme, en 2025, il y en aura 500. Le budget prévu dans la loi de programmation est de 3,6 milliards d’euros. Il va servir à réfléchir et mettre en place les contre-mesures pour protéger nos satellites. Dans le même temps, il devra installer les systèmes de surveillance qui nous permettront d'anticiper les futures menaces qui pourraient voir le jour dans les années qui viennent.

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