"Je vais passer d'adjudant-chef à monsieur" : un emblématique photographe des armées quitte l'uniforme

Après 32 ans de service, l'adjudant Jean-Raphaël Drahi raccroche. Ses photographies au combat illustrent depuis 20 ans la vie des militaires français. En treillis et armé comme les soldats qu'il accompagnait, son "job était pourtant de raconter la guerre plutôt que la faire".

Article rédigé par
Franck Cognard - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
L'adjudant-chef Jean-Raphaël Drahi, lors d'un de ses déploiements en Afghanistan, en 2010.  (SGC DUPONT SÉBASTIEN / ECPAD)

Jean-Raphaël Drahi, dans le monde militaire, tout le monde (ou presque) le connaît, l’a croisé ou en a entendu parler, du soldat au général. Il est adjudant-chef, pour quelques jours encore, et cela fait 32 ans qu’il vit en uniforme, dont 20 comme photographe. Il reconnaît faire "partie du paysage" et il a vu défiler 13 ministres des Armées, 9 chefs d’état-major des armées et 10 chefs d’état-major de l’armée de terre. En termes de longévité, ça compte. Il a photographié des guerres, des exercices, des entraînements, des bivouacs, des régiments, des soldats, des galonnés, des civils, des vivants et des morts.

"Mon job, c’est de prendre des images, de raconter la guerre, mais je n’ai jamais eu de doutes sur le fait que j’étais un militaire, en treillis et armé."

l'adjudant-chef Drahi

à franceinfo

Engagé au sein des troupes de montagne en 1989, le jeune Drahi voulait "être chef de groupe et aller au combat avec 10 gars". Il va au combat, mais avec un appareil photo : en 2001, il entre comme photographe ("depuis tout petit, je suis passionné de photo") au Sirpa Terre, le service de communication de l’armée de terre. Et depuis 2001, Famas (fusil d’assaut français) et appareil-photo en bandoulière, il a été de "toutes les ouvertures de théâtre". En langage non-militaire, cela signifie qu’il était aux côtés des premiers soldats français arrivés en Afghanistan, en Irak, au Mali, en Centrafrique…Crâne rasé, bons biceps et grand sourire, le sous-officier raconte sa chance de n’avoir jamais, en 32 ans de carrière, eu le sentiment "d’aller au travail".

Des chasseurs alpins du 7e BCA franchissent le mur d'assaut d'une des pistes du Centre d'entrainement à la forêt équatoriale, en Guyane, en février 2007.  (ADC JEAN-RAPHAËL DRAHI / Armée de terre)

En 20 années à courir les conflits pour le ministère des Armées, Jean-Raphaël Drahi a utilisé bien plus son appareil photo que son arme. Il est incapable de dire combien de photos il a prises, en revanche, son Famas, c’est "deux fois, en Afghanistan à moins de 24 heures d’écart". La première quand un militaire prend une balle dans le ventre, qu’il faut l’évacuer et donc tirer et enchaîner les chargeurs pour que les têtes se baissent dans le camp d’en face. La seconde quand il a fallu se dégager d’un couloir de tirs talibans : "Ça aurait fait de super photos, mais j’étais dans l’action du groupe qui ripostait pour se protéger. Mais quand je suis en sécurité, ma mission est de photographier".

En Afghanistan, en septembre 2010, des fantassins du 35e Régiment d'Infanterie combattent des talibans retranchés dans un compound.  (ADC JEAN-RAPHAËL DRAHI / Armée de terre)

À l’heure de raccrocher, le bientôt retraité ne range que le treillis. Il garde l’appareil photo et vient de lancer avec le journaliste Fred Marie DZ, un magazine axé armées et sécurité, un peu plus grand public que les publications du même genre. "Je vais passer d’adjudant-chef à monsieur, explique-t-il, mais j’ai toujours envie de me lever tôt, de me coucher tard, et de bosser".

Après 32 ans de carrière, passer à autre chose est forcément une "rupture". Mais il reste des photos : celles d’un orphelinat en Haïti, celles de la dernière descente du drapeau du camp français en Afghanistan, celles des premiers combats au Mali, ou celle, en Afghanistan encore, de ce chef de groupe pris sous le feu qui hurle pour donner des consignes à ses hommes : "Il était balèze et pas très souriant, ma présence ne lui plaisait pas trop. Mais la photo a bien marché, et deux ans après, je le fais venir à une expo au festival photo de Perpignan. Il traîne un peu dans son coin, regarde, et puis vient me dire : 'j’ai compris à quoi vous serviez'". Drahi complète : "Je sers à montrer le travail des soldats français".

En Afghanistan, en septembre 2010, une section du 35e Régiment d'Infanterie est prise sous le feu taliban. Le chef de groupe hurle les consignes à ses hommes. C'est l'une des photos préférées de l'Adjudant-chef Drahi.  (ADC JEAN-RAPHAËL DRAHI / Armée de terre)

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