Des auteurs de science-fiction recrutés par l'armée pour anticiper les futurs conflits

Penser l'impensable, imaginer l’inimaginable... c'est la mission que va confier le ministère des Armées à des auteurs de science-fiction français.

Article rédigé par
Franck Cognard - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 1 min.
Des soldats participent à un exercice militaire, près d'Orléans le 25 mai 2018. Photo d'illustration. (GUILLAUME SOUVANT / AFP)

La pensée militaire française souffrait-elle d'un manque d'imagination jusque-là ? Sans doute un peu, les hauts gradés qui dans leur carrière vont s'occuper de prospective ont tous été formés dans le même moule très classique de Saint-Cyr. Florence Parly dévoile vendredi 4 décembre les noms d'auteurs de science-fiction qui seront réunis au sein de ce que le ministère appelle une "Red team". Ils devront imaginer les nouvelles menaces à l'horizon 2030-2060.

"Une excellente idée"

L’armée américaine recrute depuis les années 1950 des écrivains de science-fiction. En 2013, par exemple, le corps des Marines a embauché Max Brooks, l'auteur du livre de zombies, devenu film, World War Z. Cette alliance, auteurs d'anticipation et officiers chargés de la prospective, est tout sauf un gadget, explique l'universitaire bordelaise, spécialiste de science-fiction, Natacha Vas-Deyres : "Les zombies sont une allégorie de la maladie. Dans les cellules de prospective de l’armée, les grandes pandémies mondiales sont évoquées comme un risque majeur pour toute la planète, et on a bien vu en 2020 que c’était parfaitement le cas."

"Je crois que les auteurs de science-fiction nous montrent quelles seraient les différentes étapes finalement de la chute de la civilisation occidentale et industrielle."

Natacha Vas-Deyres, spécialiste de science fiction

à franceinfo

Le général Bertrand Ract-Madoux, ancien chef d'état major de l'armée de terre, a été chargé aussi de prospective et de stratégie militaire. Pour lui cette idée de "Red team" est "une excellente idée" : "C'est tout à fait sage et c'est une démarche qui est aussi humble que de se dire : 'Si nous profitions des cervelles des autres.' Parce que, notamment avec les auteurs de science-fiction, que ce soit Jules Verne, Orwel, etc, on se rend compte que 20 ans avant, un cerveau, quelque part, avait imaginé ce qui marque notre vie d’aujourd'hui." 

Les noms des auteurs de la "Red team", qui travailleront avec des officiers et auront accès à des informations classifiées, seront dévoilés vendredi. Concrètement, pas question pour eux d'imaginer ou d'inventer des armes, ça passerait mal, mais d'inventer un nouveau réel, celui des conflits à l'horizon 2030-2060.

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