Défense : quatre questions sur la création d'un "grand commandement de l'espace"

Emmanuel Macron avait assuré l'an dernier vouloir doter la France d'"une stratégie spatiale de défense". Celle-ci est désormais prête, selon le chef de l'Etat.

Vue du satellite d\'observation de la Terre, Demeter, en orbite autour de la Terre, le 2 mai 2017.
Vue du satellite d'observation de la Terre, Demeter, en orbite autour de la Terre, le 2 mai 2017. (CNES/D.DUCROS / NOVAPIX / AFP)

Emmanuel Macron a annoncé, samedi 13 juillet, la création d'un commandement dédié à l'espace, essentiel aux opérations militaires mais devenu un champ de confrontation entre puissances, lors d'un discours tenu à la veille du défilé du 14-Juillet. "C'est un mouvement logique dans un contexte où l'espace devient un environnement de moins en moins lisible et dans lequel il faut s'équiper pour être en mesure de mieux comprendre ce qui s'y passe", analyse pour franceinfo Xavier Pasco, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique et spécialiste des questions spatiales. "Pour faire face au développement de l'activité spatiale et aux développement technologiques, les forces armées doivent avoir la capacité à s'organiser."

Qu'a annoncé Emmanuel Macron ? 

"Pour assurer le développement et le renforcement de nos capacités spatiales, un grand commandement de l'espace sera créé en septembre prochain" au sein de l'armée de l'Air qui "deviendra à terme l'armée de l'Air et de l'Espace", a déclaré le chef de l'Etat lors de la traditionnelle réception donnée par le ministère des Armées.

Qualifiant l'espace de "véritable enjeu de sécurité nationale, par la conflictualité qu'il suscite", Emmanuel Macron avait assuré l'an dernier vouloir doter la France d'"une stratégie spatiale de défense". Celle-ci est désormais prête, a-t-il affirmé. "La nouvelle doctrine spatiale et militaire qui m'a été proposée par la ministre [Florence Parly], que j'ai approuvée, permettra d'assurer notre défense de l'espace et par l'espace", a souligné le chef de l'Etat.

"Nous renforcerons notre connaissance de la situation spatiale, nous protégerons mieux nos satellites, y compris de manière active", a-t-il assuré en affirmant que "les nouveaux investissements indispensables seront décidés", tout en laissant le soin à Florence Parly d'annoncer prochainement plus en détail la traduction concrète des orientations stratégiques présidentielles.

Pourquoi s'engager dans l'espace ?

Espionnage, brouillage, cyber-attaques, armes antisatellites... L'espace, indispensable aux opérations militaires, est devenu un champ de confrontation entre nations, mettant la France au défi de muscler ses capacités dans ce théâtre hautement stratégique et de plus en plus militarisé.

Invitée de France Inter dimanche matin, la ministre des Armées a ainsi longuement expliqué en quoi il était indispensable que la France se positionne sur ce sujet. "Sur les théâtres d'opération quels qu'ils soient, même au Sahel, nos militaires utilisent l'espace pour communiquer entre eux, pour se géolocaliser, pour observer des situations, se renseigner, a justifié Florence Parly. Donc nous avons besoin de l'espace."

Or, selon la ministre, l'espace est devenu "un espace de conflictualité" avec des satellites "qui peuvent être éventuellement espionnés ou modifiés". Et cette dernière de rappeler la tentative d'espionnage russe sur un des satellites français en 2017. "L'espace est un aussi un terrain de confrontations. Il est indispensable que la France assume sa propre souveraineté dans ce domaine", a appuyé le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, sur BFMTV. 

Néanmoins, selon Xavier Pasco, il ne faut pas aller trop vite en besogne. "Il faut moins se focaliser sur les aspects de conflictualité – on les pressent mais ils ne sont pas encore là et il n'y a pas aujourd'hui de guerre de l'espace – que sur cet environnement qui est habité par de plus en plus de nations. Comme tout milieu qui se peuple, il y a un besoin de s'organiser pour faire face à ce défi", explique le spécialiste.

La France n'est évidemment pas la seule à s'intéresser de près à l'espace. Les plus grandes puissances spatiales mondiales – Etats-Unis, Chine et Russie – sont engagées depuis plusieurs années dans une course pour la domination de l'espace.

Aux Etats-Unis, le Pentagone a annoncé son intention de mettre sur pied une "Space Force" voulue par le président Donald Trump, sous réserve de l'approbation du Congrès. Cette force spatiale sera l'égale des autres corps d'armée américains, tout en restant dans le giron de l'armée de l'Air, et rassemblera l'ensemble des personnels militaires et civils qui travaillent dans le domaine spatial au sein du Pentagone. La surveillance de l'espace sera l'une de ses priorités.

A quoi va ressembler ce commandement ? 

La ministre des Armées devrait dévoiler dans une dizaine de jours "cette stratégie spatiale de défense". On sait déjà que "tous les moyens qui contribuent à la bonne utilisation des moyens spatiaux" et qui sont "dispersés dans nos armées" vont être regroupés. D'après Florence Parly, environ 200 personnes feront partie, dans un premier temps, de ce commandement de l'espace avant de "monter en puissance au fil du temps". Celui-ci sera basé à Toulouse"grand lieu de l'espace français"

"La France va-t-elle employer des armées dans l'espace, ou développer des capacités d'action vers l'espace à partir de la Terre ?", s'interroge RFI. Réponse de Xavier Pasco : "Nous ne sommes pas dans un film de Star Wars, il n'y a pas d'utilité pour des militaires à être dans l'espace." Pour le spécialiste, la première des missions de l'Armée française sera de garantir la fonctionnalité des satellites militaires. "Il faut réorganiser les moyens de contrôle des satellites avec des militaires de plus en plus impliqués dans ce contrôle, ce qui implique un enjeu de formation", poursuit-il.

Et que se passera-t-il en cas de "manœuvre spatiale hostile" envers un de nos satellites ? Deux manières de réagir, selon Xavier Pasco : la destruction physique du satellite ennemi, mais cette réaction pose la question des débris, "tout le monde en pâtirait" ; ou le recours à un brouillage grâce à deux techniques opérationnelles à l'heure actuelle. "Soit des rayons laser qui éblouissent les satellites d'observation de manière temporaire ou définitive, soit des systèmes qui envoient des ondes et qui vont perturber l'électronique du satellite."

Quel sera le budget de ce commandement ?

La Loi de programmation militaire française (LPM) 2019-2025 prévoit un budget de 3,6 milliards d'euros pour le spatial de défense. Il doit notamment permettre de financer le renouvellement des satellites français d'observation CSO et de communication (Syracuse), de lancer en orbite trois satellites d'écoute électromagnétique (Ceres) et de moderniser le radar de surveillance spatiale Graves.

Devant la communauté militaire rassemblée à l'hôtel de Brienne, siège du ministère des Armées, le chef de l'Etat a par ailleurs promis dans la foulée que "l'effort budgétaire pour notre défense sera tenu", en référence à la Loi de programmation militaire 2019-2025 qui prévoit une hausse conséquente de l'enveloppe allouée aux armées, dont certains craignent qu'elle ne soit pas respectée au final.