Crise des sous-marins : "Trois pays alliés nous ont menés par le bout du nez", note un spécialiste des relations transatlantiques

François Heisbourg, conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) dénonce "un complot" après l'annulation du contrat de commande des sous-marins français par l'Australie.

Article rédigé par
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
Le président français Emmanuel Macron et l'ancien Premier ministre australien Malcolm Turnbull sur le pont d'un sous-marin exploité par la Royal Australian Navy, le 2 Mai 2018. (BRENDAN ESPOSITO / POOL)

"C'est un complot. Ce n'est pas simplement l'annulation du contrat des sous-marins",  explique sur François Heisbourg, conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), spécialiste notamment des relations transatlantiques, alors que la France a rappelé ses ambassadeurs aux États-Unis et en Australie, après l'annulation du contrat de commande des sous-marins français par l'Australie. "Le plus grave dans cette affaire c'est que trois pays alliés, amis, avec lesquels on pensait avoir une certaine forme d'intimité stratégique nous ont menés par le bout du nez", explique-t-il.

franceinfo : Faut-il croire l'ambassadeur de France à Canberra quand il dit avoir été berné, voire manipulé ?

Oui, bien sûr. Sur cet aspect de cette affaire il n'y a pas de divergence. Les Américains et les Britanniques qui étaient en bande organisée avec les Australiens pour mettre sur pied cette opération nous ont tenus dans l'ignorance la plus épaisse. Les Français, comme le reste du monde, ont appris cette affaire dans le courant de la semaine. C'est consternant. Cela rappelle un peu ces grandes catastrophes diplomatiques comme l'affaire de Suez en 1956 quand les Britanniques et les Français avaient voulu mener en secret des opérations militaires sans en parler avec leurs autres alliés. On en ressent encore le contrecoup 70 ans plus tard.

Pourquoi cette action contre la France ?

C'est un complot. Ce n'est pas simplement l'annulation du contrat des sous-marins, les Australiens peuvent décider de changer d'avis à condition de suivre les règles commerciales normales en matière d'annulation de contrat. Le plus grave dans cette affaire c'est que trois pays alliés, amis, avec lesquels on pensait avoir une certaine forme d'intimité stratégique nous ont menés par le bout du nez. On sait que depuis six mois, lorsque la négociation entre les trois pays concernés est entrée dans le dur, le secret a été absolu.

"On a voulu vraiment nous maintenir dans l'opacité et faire passer le message que la France ne fait pas partie de l'anglosphère même si elle a des territoires dans cette région, une présence militaire plus importante que les Britanniques."

François Hesbourg

à franceinfo

La France a-t-elle encore un rôle international dans cette zone ?

Nous sommes physiquement, politiquement, militairement présents dans cette région, donc on aura forcément un rôle à jouer. Mais ce n'est pas un rôle avec les principales démocraties occidentales présentes. C'est une affaire qui a des implications profondes pas seulement pour les histoires de sous-marins, mais aussi avec le Royaume-Uni. Cela va laisser des traces. Quand je fais la comparaison avec l'affaire de Suez ce n'est pas simplement parce qu'il y a des ressemblances un secret trop bien gardé, c'est aussi parce que des attitudes, des transformations de positionnement qui résultent de ce genre de catastrophe diplomatique peut laisser des traces.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Armée et sécurité

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.