Crise des sous-marins : comment la classe politique française se positionne sur une sortie de l'Otan

Du Parti communiste au Rassemblement national, de nombreux responsables politiques se sont prononcés en faveur d'un départ de la France de l'Alliance atlantique.

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Dans la crise des sous-marins, la France a rappelé ses ambassadeurs aux Etats-Unis et en Australie. (Photo d'illustration) (FRANCE 2)

La crise des sous-marins, provoquée par la rupture d'un contrat de 56 milliards d'euros promis à la France au profit d'une livraison de sous-marins nucléaires américains, fait tanguer les relations entre les Etats-Unis, l'Australie et Paris, pourtant alliés historiques. De quoi remettre en cause la place de la France dans l'Otan, alliance militaire stratégique ? La question agite en tout cas la classe politique française depuis le 16 septembre. Si Rob Bauer, président du Comité militaire de l'Alliance, a tenté de temporiser en estimant qu'il n'y avait pas "pour le moment" d'"impact sur la cohésion au sein de l'Otan", des voix s'élèvent en France pour évoquer ce scénario. Franceinfo fait le point sur le positionnement de la classe politique française. 

Le gouvernement attend le prochain sommet en 2022

Interrogée sur une éventuelle sortie de l'Otan, mardi, à l'Assemblée nationale, Florence Parly a préféré botter en touche. "Nous sommes en train d'évaluer nos options vis-à-vis de nos différents partenaires", a répondu la ministre des Armées en évoquant le déplacement à l'Assemblée générale de l'ONU, à New York, de Jean-Yves le Drian, qui tente, selon elle, d'obtenir une réponse "européenne" à la crise diplomatique.

Samedi, le ministre des Affaires étrangères avait estimé que le différend entre la France et les Etats-Unis pèserait sur la définition du nouveau concept stratégique de l'alliance militaire. "L'Otan a engagé une réflexion, à la demande du président de la République, sur ses fondamentaux. Il y aura au prochain sommet de l'Otan, à Madrid, l'aboutissement du nouveau concept stratégique. Bien évidemment, ce qui vient de se passer aura à voir avec cette définition", a-t-il estimé. 

Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement, a lui aussi évoqué sur le plateau de BFMTV, dimanche, l'échéance de 2022. "Ce sommet sera un moment de vérité où les choses entre partenaires seront dites, a-t-il avancé avant d'évoquer une éventuelle sortie. La France porte depuis plusieurs années le principe d'affirmation de la souveraineté européenne. Le principe de l'autonomie stratégique européenne est largement partagé entre les Vingt-Sept."

En 2019, Emmanuel Macron avait lui-même employé une formule très dure envers l'Otan, la jugeant en état de "mort cérébrale". A l'époque, le président de la République déplorait le manque de coordination entre la volonté des Etats-Unis de Trump de réduire leur part dans le budget de l'organisation et la crise diplomatique avec la Turquie, autre pays membre.

Le Rassemblement national souhaite la sortie complète

Dès le 12 septembre, soit quelques jours avant le début de la crise, Marine le Pen avait évoqué le sujet lors de son meeting à Fréjus (Var). Elle a ainsi réclamé la sortie du commandement intégré de l'alliance militaire "tant cette structure entretient la logique belliqueuse et anachronique des anciens blocs de la Guerre froide."

Une position confirmée dimanche, sur le plateau d'Europe 1, par Jordan Bardella, président du RN par intérim. Il a même parlé d'une sortie complète de l'Alliance atlantique. Ce départ, selon lui, permettrait de "redonner à la France les moyens de sa liberté et de son indépendance."

Bertrand et Pécresse s'interrogent

Le président de la région Hauts-de-France et candidat à l'élection présidentielle, Xavier Bertrand, était, dimanche, l'invité du "Grand Jury" sur LCI et RTL. Il y a évoqué l'idée d'un "sommet extraordinaire de l'Otan" ainsi que celle d'un retrait de la France du commandement de l'organisation. "La question est de savoir si, pour les Américains, nous comptons aussi, ou si nous sommes en deuxième division", a expliqué Xavier Bertrand, et "si la réponse ne nous satisfait pas, je souhaite mettre sur la table la question de la participation de la France au commandement intégré de l'Otan".

Invitée de Public Sénat au lendemain de l'annonce de l'Australie, la présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, s'est elle aussi montrée dubitative en ce qui concerne le maintien de la France dans le commandement armé de l'Otan. Le pays y avait été réintégré en 2009, à la demande de Nicolas Sarkozy, pendant qu'elle était membre du gouvernement.

"Ça pose des questions à la France et l'Europe : quid de l'Otan ? Nous sommes aujourd'hui revenus dans le commandement intégré de l'Otan, nous sommes des alliés stratégiques des Etats-Unis", a rappelé la candidate à la présidence de la République. "Est-ce que tout ça a encore un sens aujourd'hui ? Est-ce que ces alliances ne sont pas remises en cause par ce coup de poignard dans le dos ?, s'est-elle interrogée. Et ne faut-il pas taper du poing sur la table ? Dire aux Etats-Unis 'Ça ne se fait pas, on ne poignarde pas un allié, on le respecte, on ne lui met pas des bâtons dans les roues'. S'ils sont nos alliés, ils ne doivent pas se conduire en brutaux adversaires économiques."

La France insoumise et le PCF souhaitent le départ de l'Otan

Dans un communiqué diffusé le 15 septembre sur le site internet de La France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon réclamait lui aussi le retrait pur et simple de la France de l'organisation militaire. "Il est temps de cesser de se bercer d'illusions, de refuser la caporalisation, de quitter l'Otan et d'expulser de France le Centre d'excellence Otan pour l'espace que les Etats-Unis veulent installer à Toulouse", a écrit le candidat de La France insoumise.

Le PCF, ancien allié de LFI aux élections présidentielles en 2012 et 2017, est sur la même longueur d'onde. Après la crise des sous-marins, "il faut marquer le coup et quitter le commandement intégré" de l'Otan, a déclaré Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français et candidat à l'élection présidentielle, dimanche sur franceinfo. C'est un "signal fort que la France devrait renvoyer aujourd'hui" aux États-Unis.

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