Cadre légal, manipulation, tirs sur des cibles… À quoi ressemble la formation au maniement des lanceurs de balles de défense ?

Alors que de nombreuses personnes critiquent l'utilisation de ces armes dans les manifestations des "gilets jaunes", franceinfo a rencontré un formateur de la gendarmerie.

 Un policier tient une arme LBD 40 avec une caméra attachée lors d\'affrontements avec des manifestants le 2 février 2019 à Paris.
Un policier tient une arme LBD 40 avec une caméra attachée lors d'affrontements avec des manifestants le 2 février 2019 à Paris. (ZAKARIA ABDELKAFI / AFP)

Les lanceurs de balles de défense (LBD) font toujours polémique. L'IGPN, la police des polices a été saisie de 116 enquêtes, après que des manifestants ont été blessés lors de manifestations de "gilets jaunes". Dans 36 de ces affaires, les LBD sont mis en cause. Mais à chaque fois, ces tirs litigieux ont été effectués par des policiers. Ni les gendarmes mobiles, ni les CRS ne sont impliqués, pourtant, les gendarmes représentent près de la moitié des effectifs mobilisés lors de ces manifestations. Sont-ils mieux formés que les policiers ? Franceinfo a rencontré un formateur au LBD, à Versailles, au groupement blindé de gendarmerie mobile.

Une journée de formation pour les gendarmes

Depuis plus de huit ans, l’adjudant-chef Cadet forme les gendarmes au maniement du LBD, en une journée. Ce "moniteur d’intervention professionnel" est un spécialiste de la tactique du maintien de l’ordre et du maniement des armes. Le LBD, il le connaît par cœur, la seule journée de formation se décline en trois points : "Un premier volet où on revient obligatoirement sur le cadre légal, donc à quel moment je vais pouvoir utiliser cette arme de force intermédiaire, un deuxième volet où ça va concerner tout ce qui est manipulation et connaissance de cette arme et un troisième volet où on va effectuer un tir de quatre cartouches pour valider cette formation initiale. On tire sur des cibles immobiles, à la distance d'engagement, qui est de 30 mètres."

Des manifestants immobiles qui se tiennent à 30 mètres des forces de l'ordre, cela arrive rarement. L’usage du LBD est alors strictement encadré : il faut qu'il y ait des violences contre les gendarmes, ou qu'ils soient chargés de protéger un lieu. Dans ces conditions-là, ils peuvent faire usage de cette arme, en respectant deux principes : ce doit être une absolue nécessité et leur réponse au danger doit être "proportionnelle", selon le terme technique. Mais ça n'est pas toujours facile lors d'une manifestation.

L'impact du projectile, on ne le maîtrise pas forcément, parce que ça va dépendre de la mobilité de l'adversaire, ça va dépendre de ses vêtements, s'il est porteur de plusieurs couches ou non.L'adjudant-chef Cadetà franceinfo

Le formateur précise la formation de la munition : "Vous avez la douille qui va rester à l'intérieur du lanceur de balles de défense, vous avez la balle et le sabot qui partiront. Avec ça, vous aurez un effet de choc, un impact, qui aura pour effet de neutraliser l'adversaire, ça peut faire tomber."

Depuis le premier jour de mobilisation des "gilets jaunes", plus de 9 000 tirs de LBD ont été comptabilisés. Selon les "gilets jaunes", 33 personnes ont été blessées rien qu'à Paris, victimes de ces tirs. Des tirs qui, dans 90% des cas, ne proviennent ni des gendarmes mobiles ni des CRS, mais d'unités de police. D'ailleurs, l’Inspection générale de la gendarmerie nationale, l’IGGN, n’est saisie d’aucune enquête.