Armes françaises au Yémen : 37 rédactions soutiennent les journalistes convoqués par la DGSI

Trois journalistes français sont convoqués le 14 mai par la Direction générale de la sécurité intérieure. Ils doivent être entendus dans le cadre d’une enquête pour "atteinte au secret de la défense nationale".

Des Yéménites sur une camionnette armée à Sanaa, la capitale du Yémen, le 19 décembre 2018.
Des Yéménites sur une camionnette armée à Sanaa, la capitale du Yémen, le 19 décembre 2018. (MOHAMMED HUWAIS / AFP)

"Nous exprimons notre pleine et entière solidarité avec nos confrères." Les journalistes de 37 médias français ont apporté, jeudi 25 avril, leur soutien à trois confrères convoqués par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), après une enquête sur l'utilisation d'armes françaises dans le conflit au Yémen.

Ils "n'ont fait que leur travail : porter à la connaissance des citoyens des informations d'intérêt public sur les conséquences des ventes d'armes françaises", défendent dans un communiqué les sociétés de journalistes, sociétés des rédacteurs et sociétés des personnels de BFMTV, Europe 1, Le Figaro, France 2, L'Humanité, Mediapart, Le Point, Premières Lignes, La Croix, Les Jours, l'AFP,  France Info ou encore franceinfo.fr.

La justice française a ouvert une enquête fin 2018 pour "compromission du secret de la défense nationale" après la transmission au jeune média en ligne Disclose d'une note classée "confidentiel défense", évoquant l'utilisation d'armes françaises au Yémen.

Au moins trois journalistes ayant participé à cette enquête, Geoffrey Livolsi et Mathias Destal de Disclose, ainsi que Benoît Collombat de la cellule investigation de Radio France, sont convoqués mi-mai en vue d'une audition libre dans les locaux de la DGSI.

"Le gouvernement est resté muet sur les faits"

La note en question (un rapport d'une quinzaine de pages révélé le 15 avril par le média en ligne Disclose qui dit l'avoir reçu en octobre 2018) aurait été rédigée le 25 septembre 2018 par la direction du renseignement militaire (DRM).

Elle répertorie notamment les armes vendues par la France qui seraient déployées par l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis au Yémen, théâtre d'un conflit meurtrier depuis 2015.

Ce document, dont la publication n'a aucunement remis en cause la sécurité des agents français sur le terrain, a été révélé en raison de son intérêt manifeste pour le public.37 médiasdans un communiqué

Les signataires estiment que ce document "invalide le discours officiel du gouvernement français, qui prétend que cet arsenal ne sert qu'à des fins défensives (...) Depuis ces révélations, le gouvernement est resté muet sur les faits".

Jusqu'ici, la ligne invariablement avancée par Paris est que ces armements ne sont utilisés que de manière défensive "et pas sur la ligne de front", dans cette guerre qui a fait au moins 10 000 morts.