Les semences paysannes, présentées comme plus résilientes face à la sécheresse, sont-elles vraiment interdites par la loi ?

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Un agriculteur cultive des variétés anciennes de blé, le 1er juillet 2022, à Orsans (Aude). (JUSTINE BONNERY / HANS LUCAS / AFP)

Ces semences peuvent être cultivées mais pas vendues dans un circuit professionnel, car la plupart ne répondent pas aux critères pour figurer au catalogue officiel des espèces et variétés végétales. 

Certaines cultures en France n'ont pas reçu une goutte d'eau de pluie de tout l'été. En Ille-et-Vilaine, notamment, des agriculteurs ont vu leurs récoltes cuire au soleil. Face à de tels épisodes de sécheresse, amenés à se reproduire à cause du réchauffement climatique, certains maraîchers développent des méthodes plus résilientes pour limiter le recours à l'irrigation. Pour le député écologiste au Parlement européen, Mounir Satouri, il faudrait ainsi inscrire les semences paysannes au catalogue officiel des espèces et variétés végétales car celles-ci permettraient des cultures moins gourmandes en eau et donc plus résistantes en cas de sécheresse. Alors, dit-il vrai ou fake ?

Les semences paysannes peuvent être cultivées mais pas vendues

En France, "rien n'interdit à une personne de cultiver des variétés non inscrites au catalogue officiel et pour un paysan d'en vendre la récolte en l'état ou transformée". Il est cependant interdit de vendre ces semences "en vue d'une utilisation commerciale de la variété", peut-on lire sur le site du Réseau Semences Paysannes.

Concrètement, les agriculteurs ont le droit de cultiver des semences paysannes, c'est-à-dire des graines prélevées sur la récolte précédente et qui ne sont pas issues de semences certifiées, achetées à un semencier. Ils sont autorisés à vendre les légumes, les fruits et les céréales issus de ces semences paysannes mais pas les semences elles-mêmes. Leur vente est réservée à un usage non commercial : jardinage amateurs, espaces verts des collectivités par exemple. Certaines graines non réglementées échappent toutefois à ces restrictions, comme le sarrasin et le petit épeautre, selon le Réseau Semances Paysannes.

Les graines inscrites au catalogue doivent en effet respecter des critères "de stabilité et d'homogénéité", afin que l'acheteur soit assuré de la qualité de ce qu'il va cultiver. "Quand vous achetez une semence, vous vous engagez sur un temps relativement long. Une régulation a donc été mise en place pour protéger les utilisateurs", explique à franceinfo Christian Huyghe, directeur scientifique agriculture de l'Institut national de la recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae).

Elles ne répondent pas aux critères établis par le catalogue officiel

Or, "le mouvement des semences paysannes revendique le fait de commercialiser des semences qui ne sont pas stabilisées, avec un matériel hétérogène et évolutif", poursuit Christian Huyghe. En raison de ces caractéristiques, elles n'ont donc pas vocation à être inscrites au catalogue.

"Les semences paysannes permettent de maintenir plus de diversité biologique et d'assurer la commercialisation des espèces végétales mineures."

Christian Huygue, directeur scientifique à l'Inrae

à franceinfo

Cette inscription au catalogue n'est d'ailleurs pas une revendication unanime au sein du mouvement des semences paysannes. "Il n'y a aucune raison d'inscrire le vivant sur un catalogue. Nous ne voulons pas rentrer dans ce jeu", expliquait Ananda Guillet, président de l'association Kokopelli, à France 3 Bretagne. Pour les défenseurs de ces graines, le catalogue de semences autorisées à la vente participe à l'appauvrissement de la biodiversité et s'inscrit dans une logique de privatisation du vivant qui profite des géants industriels. Les associations voient le manque de stabilité des semences paysannes comme une qualité et non comme un défaut. Ils vantent leur diversité et leur capacité d'évolution, qui les rendraient plus résilientes face aux maladies et aux situations de stress, dont la sécheresse.

Elles sont un élément de réponse face au manque d'eau

Pour autant, ce type de semences permet-il vraiment de faire pousser des légumes sans eau, comme le suggère Mounir Satouri ? Pour illustrer son propos, le député européen cite l'exemple d'un agriculteur de l'Essonne, qui assure cultiver ses légumes sans irrigation ni pesticide. Semences paysannes ou non, la méthode de ce maraîcher a provoqué les critiques de certains de ses homologues sur Youtube et Twitter. Ces derniers mettent en doute la fiabilité de son modèle et la possibilité de le généraliser. Sollicité par franceinfo, cet agriculteur n'a pas donné suite.

Benoît, maraîcher en Dordogne, regrette lui aussi, auprès de franceinfo, que cet exemple, situé dans la zone spécifique du bassin parisien, soit présenté comme une solution reproductible par tous les agriculteurs.

"Il y a une grande difficulté à gagner sa vie en faisant des légumes. Quelqu'un qui se lance et qui suit ce modèle, s'il n'a pas une ferme amortie depuis des générations et qu'il ne vend pas aux restaurants parisiens sur un marché de niche, il va se casser la gueule."

Benoît, cultivateur en Dordogne

à franceinfo

Ce maraîcher du Sud est partisan d'une agriculture sobre, utilisant moins d'intrants et moins d'eau. "Il faut aller vers des cultures avec moins de travail de la terre et toujours une couverture des sols", défend-il, prônant l'utilisation de paillage, c'est-à-dire d'une couche organique ou plastique, pour limiter l'évaporation d'eau. Selon lui, c'est autant ce système qui a permis à ses légumes de mieux résister à la sécheresse que l'utilisation de graines développées par ses soins.

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