VIDEO. "Le bio, ça ne doit pas être industriel !" : un restaurateur vous explique pourquoi il ne faut pas manger de tomates bio en hiver

Un comité national de l'agriculture biologique doit se prononcer jeudi sur la question du recours aux serres chauffées. Mais la décision pourrait être reportée, faute de consensus.

Envie d'une salade tomates et mozarella en plein hiver ? Mauvaise idée. Des agriculteurs bio, des ONG, et des chefs, ont lancé une pétition fin mai contre "l'industrialisation du bio". Dans leur viseur : les serres chauffées (avec des énergies fossiles) qui commencent à se développer en France pour produire des tomates bio toute l’année. "Une aberration gustative, agronomique et environnementale !" selon les signataires du texte qui avait reçu plus de 80 000 signatures jeudi 11 juillet. Le même jour, un comité national de l'agriculture biologique doit se prononcer sur la question du recours aux serres chauffées. Mais la décision pourrait être reportée, faute de consensus.

Parmi les signataires de la pétition, on retrouve Xavier Denamur, restaurateur parisien en guerre contre l'industrialisation du bio depuis de longues années. "Le message, il n’est pas compliqué. On a des fruits qui sont normalement en bio et qui sont censés être de qualité. Si on les fait en serre toute l’année, les produits n’ont plus les mêmes goûts, la même qualité gustative, explique-t-il. La notion du bio, c'est de dire : on va suivre la saison, on va limiter notre empreinte carbone. Le bio, ça ne doit pas être industriel !"

Une question de "volonté politique"

Mais les serres chauffées sont-elles nécessaires pour fournir d'avantages d'aliments bio ? Pour Thierry Coué, vice-président de la FNSEA, cette technique permet de lutter contre la concurrence (des tomates bio cultivées en serre sont produites notamment en Italie et en Espagne) et de "répondre à une demande forte de la part des distributeurs et de la restauration collective". Ce n'est pas l'avis de Xavier Denamur, qui défend les petites exploitations bio. "Il faut absolument aider ces structures qui créent de l’emploi et pas aider ceux qui ont 200, 300, 400, 1000 hectares. Ceux-là, ils ne pourront pas faire du bio, ils ne pourront pas faire du maraîchage. Donc, encore une fois, c’est des questions de politiques publiques, de volonté politique", explique-t-il.

Alors, les serres chauffées vont-elles encore être autorisées en bio ? "Nous avons jusqu’au 11 juillet 2019, prochaine date du Comité national de l’agriculture biologique, pour convaincre le ministre de l’Agriculture de lutter contre l’industrialisation du bio en limitant le recours au chauffage des serres", indique la pétition.

Didier Guillaume a déclaré mardi devant les sénateurs que le gouvernement n'était "pas opposé" au chauffage des serres en agriculture bio.

Des tomates récoltées en serres, en Chine, en novembre 2018.
Des tomates récoltées en serres, en Chine, en novembre 2018. (XU YU / XINHUA / AFP)