VIDEO. "Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles on peut manger des insectes" : quand le développement durable passe par l'équilibre alimentaire

Roberto Flore et Afton Halloran réfléchissent depuis longtemps à réorienter notre manière de manger, pour éviter que nous ne détruisions à la fois notre environnement et notre santé. 

Noémie BONNIN / RADIO FRANCE

"Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles on peut manger des insectes, que ce soit par curiosité, ou pour des enjeux nutritionnels et écologiques", estime Roberto Flore, chef cuisinier italien, mais aussi chercheur au Danemark. Il travaille aux côtés d’Afton Halloran, une Canadienne qui gère un cabinet de conseil et travaille sur l’idée de transition vers un système alimentaire plus durable. Ils font un constat simple : notre système alimentaire actuel va vers la catastrophe, que ce soit sur le plan environnemental ou sur le plan de notre santé. L’une des solutions serait d’introduire les insectes dans notre régime alimentaire.

franceinfo : Pourquoi mangerait-on des insectes ?

Roberto Flore : Dans certains cas, les insectes peuvent être l’une des pistes de changement. On peut les utiliser pour diversifier un régime alimentaire, pour augmenter la consommation de protéines dans des pays en développement. Cela peut aussi aider certaines populations à revenir à des régimes plus traditionnels, dans des pays émergents où on a consommé des insectes depuis très longtemps. Par exemple dans les zones tropicales, manger des insectes est assez banal. Ils sont en abondance dans la nature à certaines saisons et font partie des repas traditionnels. Ces peuples ont eu tendance à calquer leur manière de manger sur les habitudes occidentales, avec beaucoup de viande, mais on peut revenir là-dessus.

Faudrait-il que tout le monde en mange ?

L’idée, ce n’est pas que certains mangent des insectes pendant que d’autres continuent à manger de la viande, mais il faut trouver un équilibre. Il faut vraiment réduire la quantité de viande que nous produisons et évoluer vers une production de haute qualité. Dans les pays occidentaux, on peut donc commencer à introduire la consommation d’insectes pour la curiosité, le goût, il y a de nombreuses raisons pour lesquelles on peut manger des insectes. Dans les autres pays, il y a encore plus de raisons. Principalement pour l’aspect nutritionnel, mais aussi pour l’aspect traditionnel des régimes alimentaires.

Ce serait aussi une valorisation des habitudes locales, ce serait quelque chose de très authentique. Imaginez d’un point de vue touristique ! Il y a plus de 2 500 espèces d’insectes comestibles dans le monde, donc on a une énorme diversité de saveurs à essayer.

Ce serait magnifique que, lorsqu’un touriste visite un pays, il puisse vraiment tester des plats locaux, qui pourraient être des termites, des guêpes, des fourmis.

Roberto Flore

à franceinfo

Y a-t-il des risques ou des excès à craindre ?

Il serait idiot de dire que tout le monde doit passer de la consommation de protéines animales aux insectes. Si les gens ont un régime alimentaire équilibré et mangent de la viande de bonne qualité, il n’y a pas de raison de bouger et d’aller vers une consommation d’insectes qui seraient produits en Nouvelle-Zélande ou en Thaïlande. Il faut parler de réalités, de cas concrets et spécifiques. Les insectes pourraient être l’une des possibilités de changement.

Les insectes représentent la pièce d’un très grand puzzle de l’équilibre alimentaire mondial.

Afton Halloran

à franceinfo

Les insectes ont-ils vocation à remplacer totalement la viande ?

Afton Halloran : Les insectes sont juste une part de la diversité alimentaire. Si on regarde notre façon de manger actuelle, on se rend compte que c’est une manière très étroite. On consomme seulement quelques groupes d’aliments, on mange très souvent les mêmes choses. Ce serait plus intéressant de manger de nombreuses choses différentes, d’équilibrer nos plats. Quand on parle d’insectes comme une part du régime alimentaire mondial, il y a un très gros potentiel. Surtout quand on parle de réduction de la consommation de viande, parce que ça a un impact très fort sur notre environnement, nous pouvons peut-être utiliser les insectes pour remplacer certaines choses. Mais on peut aussi avoir des lentilles, des pois chiches, des haricots. Les insectes ne sont pas la solution miracle, mais ça peut contribuer à une solution globale.

Afton Halloran et Roberto Flore, le 10 janvier 2019.
Afton Halloran et Roberto Flore, le 10 janvier 2019. (Noémie BONNIN / RADIO FRANCE)