Vidéo Grand Paris Express : quand les déblais pollués du chantier sont revendus aux agriculteurs d'Ile-de-France

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Grand Paris Express : quand les déblais pollués du chantier sont revendus aux agriculteurs d'Ile-de-France
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France Télévisions

Le Grand Paris Express, ses 200 kilomètres de lignes de métro... et ses 43 millions de tonnes de déblais. La terre excavée, parfois polluée, est censée être stockée sur des sites spécialisés. Mais les journalistes de "Complément d'enquête" ont découvert qu'elle fait l'objet d'un véritable système d'escroquerie, dont certains agriculteurs d'Ile-de-France sont les victimes. 

Le chantier du siècle, une opération à 42 milliards d'euros, un défi pour nos gouvernants… vous avez sûrement entendu parler du Grand Paris Express. Deux cents kilomètres de lignes de métro, 68 gares à bâtir d'ici 2030, mais aussi des records de déblais, parfois très pollués, à stocker dans des sites spécialisés. Et pas un gramme de déchets n'atterrirait au mauvais endroit : c'était l'engagement de la Société du Grand Paris, qui pilote le projet. Une vidéo promotionnelle vante une traçabilité totale des déblais… mais comment s'en assurer, vu le nombre d'entreprises et de sous-traitants mobilisés, sur le Grand Paris Express mais aussi sur les projets immobiliers autour des futures gares ?

En Ile-de-France, les agents de l'OCLAESP, l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique, reçoivent des signalements inquiétants. Dans cet extrait de "Complément d'enquête", l'un d'eux évoque "des démarcheurs qui ont une faconde, capables d'apporter des vrais contrats, avec des garanties de retraitement… qui n'existent pas". En réalité, dénonce le gendarme, "on va déposer ça dans des forêts en Ile-de-France ou dans les départements limitrophes, ou encore plus loin".

Des agriculteurs démarchés pour prendre de la terre de remblai... incultivable

Pour ces sociétés crapuleuses, les agriculteurs sont devenus des proies. "On a des agriculteurs qui sont démarchés pour prendre de la terre de remblai, alerte David Vallée, responsable de la FDSEA, le principal syndicat agricole des Yvelines. Ils arrivent en disant : 'On va vous améliorer les qualités de vos sols, agronomiquement, ça va être génial…' donc ils vous embellissent bien le truc… Ils creusent, ils vous ramènent du remblai, mais alors, du remblai, faut voir : c'est de la glaise, des gros cailloux, des blocs énormes… C'est tout, sauf de la terre cultivable !"

De la terre incultivable, et parfois polluée au fluor. C'est ce qui est arrivé à un exploitant des Yvelines, l'une des premières victimes de ce système d'escroquerie. Inutilisable, cette terre peut même lui coûter cher... La Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL), un service de la préfecture, peut très bien lui infliger une dépollution de ses champs. Une véritable double peine. "Si moi, je remets en état, a-t-il confié, catastrophé, à David Vallée, c'est simple, je vends ma ferme'..." 

Extrait de "Déchets : le sale business français", un document diffusé dans "Complément d'enquête" le 25 mars 2021.

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