Sécheresse : "Il y a des secteurs en France qui n'ont pas eu une seule goutte d'eau ces deux derniers mois"

Précoce et accentué par l'effet canicule, cet épisode de sécheresse est l'un des plus graves que le pays ait connu, explique une hydrologue spécialiste du changement climatique.

Des champs de lavande brûlés par la sécheresse en Provence, pendant l\'été 2006.
Des champs de lavande brûlés par la sécheresse en Provence, pendant l'été 2006. (MAXPPP)

"La situation est assez grave dans certains secteurs", a expliqué sur franceinfo Emma Haziza, hydrologue, experte en adaptation face au changement climatique. Le mois de juillet a été très sec et cela se poursuit en août. 81 départements français sont concernés par des mesures de restrictions d'eau et 170 arrêtés ont été pris pour inciter les professionnels et les particuliers à économiser l'eau. 

franceinfo : Quels sont les secteurs qui sont le plus touchés par la sècheresse ?

Emma Haziza : Il y a des secteurs en France qui n'ont pas eu une seule goutte d'eau ces deux derniers mois. Entre Bordeaux et Limoges, il n'y a pas eu de pluie de tout. C'est extrêmement disparate. Vous avez des zones qui ont subi quelques précipitations qui permettent une ré-alimentation partielle [des sols], mais la plupart des couches superficielles et profondes sont encore extrêmement atteintes. Dans certains secteurs, on est dans une situation assez grave.

Les arrivées de pluies vont en partie ré-humidifier les sols et cela donne parfois des situations un peu dramatiques comme les inondations mardi 6 août en Haute-Loire. Cela se produit quand on a des précipitations extrêmes avec 30 mm d'eau en 30 minutes, c’est-à-dire vraiment des pluies très intenses, mais qui n'ont pas le temps d'être absorbées par les sols et qui vont directement ruisseler.

Est-ce que c'est l'épisode de sécheresse le plus grave que l'on ait connu ?

Oui, parce que c'est la sécheresse la plus précoce, avec un effet de canicule au mois de juin, puis un autre au mois de juillet qui est venu aggraver la situation. En plus de cela, on avait des déficits hydriques qui dataient des années précédentes, on avait déjà des sols très secs.

L'impact sur la végétation va se faire maintenant, mais dans le temps puisque ce sont les racines qui vont être touchées en profondeur. Il va falloir analyser et tirer des leçons de ce qui est en train de se passer. On est sur une sécheresse sévère, et ce n'est pas la première. Certains types d'agriculture ne sont-ils plus exploitables en France ? Des recherches prouvent que lorsque vous incluez certaines espèces comme le trèfle blanc, cela à un rôle prépondérant dans ces sécheresses.

Si on ne fait pas évoluer les cultures, est-ce qu'il y a, à terme, un risque de pénurie d'eau douce ?

On pourrait se retrouver avec des zones qui ne seront plus alimentées directement par l'adduction d'eau potable. Ce sont des questions qu'il va falloir se poser très vite. On est déjà dans des états de crise par endroits. Il va falloir se poser les bonnes questions pour ne pas y arriver et réfléchir à la réutilisation et à la récupération de l'eau en France.