Reportage La question du bien-être animal s'impose chez les éleveurs : "On maîtrise mieux notre produit"

Le bien-être animal va-t-il s'imposer dans les fermes françaises ? De plus en plus d'éleveurs mettent en place des labels et des normes pour améliorer les conditions d'élevage et répondre aux demandes des consommateurs.

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Radio France
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Arnaud Leclercq, éleveur de vaches charolaises à Dolignon dans l’Aisne, février 2022. (GUILLAUME GAVEN / RADIO FRANCE)

Il s'agit d'un sujet de société de plus en plus présent chez les consommateurs. Le bien-être animal constitue même pour plus des deux tiers des Français un thème de campagne électorale, selon un récent sondage Ifop. Dans les campagnes, la prise de conscience est ancienne. Comme dans la ferme d'Arnaud Leclercq à Dolignon, dans le nord de l'Aisne, pas très loin des Ardennes. L’éleveur exploite 200 hectares en polyculture et il a 80 vaches charolaises, élevées pour la qualité de leur viande. "On est redescendus à 80 mères, explique l'éleveur. On a 'désintensifié' pour le faire mieux et pour ne pas courir après le volume. On vit même mieux parce qu’on a beaucoup de charges en moins et qu’on maîtrise mieux notre produit.”

Moins mais mieux, cela passe par des installations confortables. Une grande étable (on dit une stabulation libre) de 2 400 m². Pour 80 bêtes, cela fait de la place et il y a même de la musique. "C’est très fréquent dans les élevages 'Happy' d’avoir le poste de radio qui fonctionne en permanence, indique Arnaud Leclercq. Il y a des études qui ont prouvé l’intérêt pour le bien-être des bovins."

Les vaches charolaises d'Arnaud Leclercq, éleveur de Dolignon dans l’Aisne, février 2022. (GUILLAUME GAVEN / RADIO FRANCE)

Cette démarche dite "Happy" vise à améliorer le bien-être animal. Plus de 200 points de contrôle sont examinés par le vétérinaire Pierre Kirsch, à commencer par la façon dont le bétail s’alimente : "Le nombre d’abreuvoirs disponibles, le débit des abreuvoirs, la propreté. On va jusqu’à demander à l’éleveur s’il est d’accord pour boire l’eau de l’un des abreuvoirs de ses animaux."

Et ce n'est pas tout, le cadre de vie compte pour beaucoup. "Il faut évidemment un très bon couchage propre, sec, souple et moelleux, détaille le vétérinaire. On voit que dans cette ferme, on est sur un lit de paille très épais. Il y a le test des genoux pour l’évaluer où on doit se laisser tomber trois ou quatre fois et ne ressentir aucune douleur. Sachant qu’un bovin va faire ce mouvement 10 à 15 fois par jour."

Améliorer le bien-être de l'éleveur aussi

Un bien-être qui doit concerner tout le monde, animal comme éleveur, estime le propriétaire des lieux. "Les vaches, il faut qu’elles soient ‘bénaise’, c'est-à-dire bien aise ou bien heureuse, explique Arnaud Leclercq. On a besoin d’avoir des animaux en plein forme et heureux pour que nous soyons bien dans notre métier. Le paysan qui ne se sent plus utile à son prochain, je ne sais pas comment il fait pour aller dormir le soir." 

Un éleveur heureux, c’est ce que prône donc la démarche "Happy". Le problème si l'on peut dire, c'est que seuls 300 élevages sont aujourd'hui labellisés sur 50 000 en France. Il reste du chemin à parcourir. L'Interprofessionnel de la viande, Interbev, en a bien conscience. Elle a lancé il y a trois ans sa propre démarche de bien-être animal baptisée Boviwell, moins sélective puisqu'il n'y a qu'une cinquantaine de critères à respecter. Environ 1 500 élevages sont entrés dans la démarche jusqu'à maintenant et l'objectif du label est d'atteindre 50 000 élevages d'ici à 2025. Mais ce n'est pas le seul, explique Bruno Dufayet, le président de la commission des enjeux sociétaux chez Interbev : "Au salon de l’agriculture, un engagement boucher-éleveur va être présenté parce que le boucher doit rendre compte à son client quand il vient acheter son steak, d'une certaine manière. Ce n'est pas juste la qualité du produit, c’est aussi les conditions d’élevage."

Une démarche qui gagne du terrain

La démarche se veut effectivement plus globale. Tout le monde doit s'y mettre, à tous les niveaux et on en est loin aujourd’hui. Il existe par exemple un étiquetage bien-être animal. Mais c'est une initiative privée, lancée en 2019 par des grandes enseignes de supermarchés et des élevages de volailles. Il s'agit d'une étiquette sur les barquettes de poulet qui note le bien-être animal de A à E. La démarche gagne aujourd'hui du terrain, le porc et les œufs vont la rejoindre en 2022.

Les autres types d'élevage devraient suivre mais cette initiative reste volontaire. Comme toujours, seuls les bons élèves sont donc partants, regrette Louis Schweitzer, le président de l'association Étiquette bien-être animal : "Certains sont réservés sur tout ce qui peut établir une distinction entre éleveurs mais c’est vrai que dans tous les domaines, il y a un produit premier prix où les conditions sont moins satisfaisantes et il y a des produits qui respectent mieux le bien-être animal."

"Il faut que l’éleveur accepte qu’il y ait une classification comme dans d’autres domaines et que tout le monde ne peut pas avoir la note la plus élevée."

Louis Schweitzer, président de l'association Étiquette bien-être animal

à franceinfo

Seul le ministère de l'Agriculture pourrait donc rendre obligatoire cette classification mais le bien-être animal n'est pas à l'ordre du jour. Il existe bien une loi sur la maltraitance animale, adoptée en novembre 2021. Aujourd’hui, le sujet, dit-on dans l'entourage du ministre, est la montée en gamme. "Une transition ça ne se décrète pas, ça s’accompagne" et cela s'accompagne financièrement bien sûr. 

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