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Rapport du Giec : "Il ne faut pas casser le modèle français d'agriculture, il faut qu'il évolue vers des systèmes beaucoup plus résilients", selon la FNSEA

Contre le réchauffement climatique, le rapport du Giec publié jeudi 8 août appelle à changer en profondeur l'agriculture et l'alimentation. Olivier Dauger, agriculteur, élu FNSEA et président de la chambre d’agriculture de l'Aisne réagit sur franceinfo.

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Radio France
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Les éleveurs et les agriculteurs souffrent de la sécheresse (photo d'illustration).  (SALESSE FLORIAN / MAXPPP)

"Il ne faut pas casser le modèle français d'agriculture", a déclaré jeudi 8 août sur franceinfo Olivier Dauger, agriculteur, élu FNSEA et président de la chambre d’agriculture de l'Aisne, en charge des questions climatiques et énergétiques, après la publication d'un rapport spécial du Giec sur la sécurité alimentaire et l'état des sols mondiaux.

franceinfo : Que pensez-vous du rapport du Giec ?

Olivier Dauger : On n'est pas à la fête, mais c'est un rapport qui est très réaliste car cela montre bien que l'agriculture émet des gaz à effet de serre. Il doit donc y avoir une adaptation de l'agriculture. Cela montre bien aussi que l'agriculture est essentielle en termes de solutions. Demain, il faudra produire sans doute plus qu'aujourd'hui. Il faudra produire avec moins : moins de terre et d'eau, sans doute moins de produits phytosanitaires et d'engrais. Il faudra donc être plus efficient dans l'utilisation de l'eau, des engrais et des terres.

Comment faire évoluer le modèle, alors qu'il y a des blocages quand on essaie de changer les choses, lors du débat sur le glyphosate par exemple ?

Les agriculteurs sont les premières victimes du climat et ils travaillent sur le sujet depuis un certain temps. Le glyphosate est un bel exemple de ce système. Aujourd'hui, si on supprime le glyphosate d'une manière trop brutale, on va soit utiliser des molécules qui ne sont pas meilleures que le glyphosate, soit travailler davantage la terre, de manière mécanique. Or, le rapport dit que moins on travaille la terre, plus on produit de biomasse et plus l'agriculture sera source de solutions. Finalement le glyphosate, dans les systèmes dans lesquels il est utilisé aujourd'hui, apporte un plus par rapport au climat. Ce n'est pas pour cela qu'il ne faut pas chercher des solutions pour un jour sortir du glyphosate, mais si on va trop vite dans certains systèmes, on aura des conséquences qui seront pires.

Le rapport du Giec est très clair. Selon lui, les vraies causes de la problématique sont : le climat qui va sans doute entraîner des problèmes de production en termes de quantité, la désertification qui est souvent due à un travail intense des sols et donc à l'érosion, puis la déforestation.

Quand l'agriculture française est nommée depuis plusieurs années par tous les instituts internationaux comme la plus durable du monde, cela montre bien la diversité des territoires français. Le fait qu'en France on ait une augmentation du nombre de forêts depuis un siècle ou deux de manière continuelle montre qu'on va dans le bon sens. Les couverts végétaux aussi sont de plus en plus nombreux. Selon moi, en lisant le rapport, la vraie problématique c'est de définir quelle agriculture en termes de mondialisation nous voulons.

Les efforts effectués en France influent-ils sur l'ensemble de la planète ?

Tout à fait, mais c'est aussi pour cela qu'il ne faut pas casser le modèle français d'agriculture. Il faut qu'il évolue vers des systèmes beaucoup plus résilients et encore beaucoup plus efficaces en termes de solutions, mais il faut aussi le protéger par rapport aux autres systèmes qui sont sans doute moins bons que les nôtres.

Si les agriculteurs ont été aussi virulents sur le Ceta ou sur le Mercosur, ce n'est pas simplement pour dire qu'ils veulent exister. Le problème est que les traités de libre-échange ne sont pas tenus de répondre aux enjeux des accords de Paris. On demande aux agriculteurs français de monter en gamme, aussi bien en termes de qualité des produits qu'en termes de réponses par rapport au climat, et en même temps, on nous envahit de produits qu'on n'a même pas le droit de produire chez nous, avec des situations qui, comme le montre très bien le rapport du Giec, entraînent un gros problème sur les sols, que ce soit en termes de déforestation ou d'acidité des sols.

En France, on mange beaucoup de viande, même si on en mange de moins en moins ces dernières années. La question de l'élevage aussi est importante ?

Le rapport parle "d'éléments d'origine animale produits dans des systèmes résilients, durables et à faible émission". C'est exactement le travail qui est fait par la filière française animale aujourd'hui, pour baisser les émissions. Nous avons encore beaucoup d'élevage sur prairie en France et on est exactement dans ce type d'élevage que requiert le Giec. Malheureusement, avec le Ceta et le Mercosur, on va importer de la viande qui n'est pas du tout produite dans les mêmes systèmes. D'après moi, il y a une contradiction folle entre le Parlement qui invite Greta Thunberg le matin et qui, dans la foulée, vote le Ceta.

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