Prix des produits laitiers en supermarché : les promotions "dans tous les sens enterrent les producteurs de lait"

Alors que sont organisées vendredi dans la Sarthe des "opérations chrysanthèmes" pour dénoncer les promotions sur les produits laitiers, Ghislain de Viron, responsable de la section laitière FDSEA du département, dénonce sur franceinfo vendredi la durée de ces dernières.

Un producteur de lait dépose des chrysanthèmes devant des produits laitiers dans un supermarché de Clermont-Ferrand.
Un producteur de lait dépose des chrysanthèmes devant des produits laitiers dans un supermarché de Clermont-Ferrand. (CLAUDIE HAMON / FRANCE-BLEU PAYS D’AUVERGNE)

Des "Opérations chrysanthème" pour dénoncer les promotions sur les produits laitiers dans des supermarchés et hypermarchés auront lieu vendredi 2 novembre après-midi dans la Sarthe. Ces promotions "enterrent les producteurs de lait" affirme Ghislain de Viron, responsable de la section laitière FDSEA de la Sarthe, sur franceinfo vendredi.

franceinfo : En quoi consistent ces "Opérations chrysanthème" ?

Ghislain de Viron : Il s'agit de déplacer les chrysanthèmes placés à l'entrée de la grande distribution dans les rayons où se trouvent les produits laitiers. C'est très symbolique, surtout le 2 novembre, le jour des défunts, car ces promotions enterrent les producteurs de lait. Nous sommes à un an de la sortie des Etats généraux de l'alimentation, dont les conclusions étaient qu'il fallait mieux répartir la valeur dans les filières, et particulièrement la filière laitière, et surtout mieux rémunérer les éleveurs laitiers, et donc encadrer les promotions. Un an après, on voit bien qu'il y a toujours des promotions dans tous les sens qui sont du n'importe quoi, finalement. Par exemple, la promotion actuelle sur le lait bio Carrefour est purement scandaleuse. On fait croire au consommateur qu'il va pouvoir consommer des produits bio au même prix que le conventionnel. En plus de ça, cette promotion dure 17 semaines, soit plus d'un tiers de l'année, c'est inadmissible.

C'est le montant de ces promotions qui vous choque, mais surtout leur durée ?

Ce qu'on dénonce particulièrement aujourd'hui, c'est en effet la durée des promotions. Il est prévu dans la loi de limiter à 25% de cette durée. Mais ces 25% concernent aujourd'hui une catégorie de produits. Nous, on souhaite 25% par référence uniquement. Chaque produit doit être mis en réduction 25% du temps maximum. Il faudrait par exemple que le camembert Président soit 25% du temps en promotion maximum. Or, aujourd'hui, ça peut être sur les fromages en général : on peut avoir un fromage en particulier qui peut être en promotion toute l'année. Ça n'aide pas le consommateur à savoir quel est le vrai prix du produit.

Vous évoquez les Etats généraux de l'alimentation, si vous n'en voyez pas les effets, c'est car les décrets d'application n'ont pas encore été promulgués. Le ministre de l'Agriculture, Didier Guillaume, a promis que les décrets arriveraient dans les 6 mois. C'est trop long, selon vous ?

La loi vient d'être votée, on attend les décrets d'application, les ordonnances. C'est urgent, car les négociations commerciales entre transformateurs et distributeurs vont commencer. En général, elles se clôturent au moment du salon de l'Agriculture, fin février. Si on reporte pour 2019, c'est encore une année de perdue. Si les décrets ne viennent pas réguler ces négociations, ça va de nouveau être la grande braderie. On sacrifie les éleveurs laitiers sur l'autel de la grande distribution. On perd chaque année 5% des éleveurs laitiers en France, qui arrêtent ou ne retrouvent pas de repreneur. C'est énorme. Ce qui est important, c'est de renouveler les générations, en plus de faire vivre ceux qui sont encore là.