Près de 75% des amateurs de viande disent occasionnellement la choisir bio : une progression de 15% en quatre ans

Les Français mangent moins de viande, mais quand ils en consomment, ils font davantage le choix du bio. Cependant, le marché se heurte toujours au prix et à la disponibilité du produit. 

De la viande bio dans un magasin coopératif d\'alimentation biologique à Cesson-Sévgné, près de Rennes (Ille-et-Vilaine).
De la viande bio dans un magasin coopératif d'alimentation biologique à Cesson-Sévgné, près de Rennes (Ille-et-Vilaine). (D. ADEMAS / MAXPPP)

En France, la consommation de viande a baissé de 12% en dix ans, selon une récente étude du Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Credoc). Une enquête* d’Interbev, une association des professionnels de la viande, vient préciser cette évolution. Elle montre que les amateurs de viande bio sont de plus en plus nombreux.

Le prix plus élevé n'est pas encore avalé

Selon l'étude d'Interbev, près de trois personnes sur quatre (74%) déclarant manger de la viande disent consommer occasionnellement de la viande bio, ce qui représente une progression de 15 points en quatre ans. La fréquence de cette consommation de viande biologique est aussi en hausse. "Les consommateurs parent la viande bio de toutes les qualités, affirme Denis Lerouge, directeur de la communication de l'interprofession. À leurs yeux, c’est une viande qui est bonne, saine, produite dans le respect du bien-être animal, dans le respect de l’environnement."  Mais la marge de progression de la viande bio se heurte à deux phénomènes. "Ce qui freine, c’est la disponibilité. Ils ne sont que 32% [des Français interrogés] à dire qu’ils en trouvent dans la restauration, le restaurant d’entreprise, la cantine." Le deuxième frein, selon Denis Lerouge, c’est le prix. "La viande bio est un peu plus chère. Petit à petit, le consommateur s’habitue mais cela prend un peu de temps."

Des éleveurs prudents, voire inquiets

La part du bio, selon Interbev, gagne la consommation de viande de porc, de volaille, de bœuf et d'agneau. Pourtant, Antoine Forêt, éleveur dans la Sarthe, reste inquiet pour l'avenir. "Depuis deux ans, on sent qu’il y a un engouement de la part du consommateur. C’est bien pour la production, mais c’est un peu à double tranchant", explique-t-il. La raison de cette crainte ? C'est, dit-il, "l'arrivée de gros industriels qui veulent une bio pas chère". L'éleveur prend l'exemple du marché du porc. "On s’attend à une saturation du marché d’ici deux ans, avec un excédent complet de la production, estime-t-il. Tout le monde fait croire que c’est la poule aux œufs d’or, mais nous avons des cours incompressibles, des charges supplémentaires en bio. On peut faire une bio de masse, mais on n’arrivera pas à tout écouler."   

Une nécessaire adaptation de la filière

La filière professionnelle espère pourtant doubler la production de viande bio d’ici 2022. Philippe Cabarat, président de la commission bio d’Interbev, rappelle les objectifs. "Au niveau de la filière, nous essayons de développer la boucherie bio, les magasins spécialisés bio et les grands circuits de distribution parce que l’on ne peut pas passer de 5% à 20% sans avoir une construction bien serrée entre tous les artisans de la filière, affirme-t-il. C’est une logique de production, de distribution et de  consommation." Pour ce professionnel de la viande bio, "il est important de bien savoir ce que le consommateur veut et que les producteurs entrent dans un autre système de production."  

Mais désormais le temps presse. Les importations danoises et espagnoles, massives, ont déjà un sérieux coup d’avance.                 

*Enquête "Les Français et la consommation de viande bio" : 4e vague administrée en ligne du 22 au 24 août 2018, auprès d’un échantillon de 1 003 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, suivant la méthode des quotas. La première vague a été réalisée en mars 2015, la 2e en mars 2016 et la 3e en avril 2017.