"On adore ce métier, mais on ne peut plus en vivre" : les apiculteurs se mobilisent pour des mesures exceptionnelles

Depuis la sortie de l'hiver, les abeilles se meurent dans les ruches. Les apiculteurs réclament un plan de soutien exceptionnel et un "environnement viable pour les colonies", notamment en luttant contre certains insecticides.

Abeilles mortes dans le rucher de l\'apiculteur Olivier Fourcade près de Montlieu-la-Garde, le 6 juin 2018.
Abeilles mortes dans le rucher de l'apiculteur Olivier Fourcade près de Montlieu-la-Garde, le 6 juin 2018. (FARIDA NOUAR / FRANCEINFO)

Des rassemblements d'apiculteurs sont prévus dans de nombreuses villes, dont Paris, jeudi 7 juin. La profession vit une véritable hécatombe depuis la fin de l'hiver. Partout, leurs abeilles meurent, au point qu'ils réclament un plan de soutien exceptionnel et un "environnement viable pour les colonies d'abeilles". Dans leur viseur : les néonicotinoïdes, considérés comme des tueurs d'abeilles.

À la recherche des abeilles rescapées

Olivier Fourcade est apiculteur près de Saugon, en Gironde. En ce mois de juin, il devrait être en train de récolter son miel d'acacia. Mais quand il va voir son rucher installé dans un bois, il ne peut que constater les dégâts. "Sur un rucher qui devrait avoir entre 25 et 30 ruches, il reste une seule colonie", désespère l'apiculteur. 

L\'une des ruches d\'Olivier Fourcade, près de près de Saugon, en Gironde, le 6 juin 2018.
L'une des ruches d'Olivier Fourcade, près de près de Saugon, en Gironde, le 6 juin 2018. (FARIDA NOUAR / FRANCEINFO)

Sur cette parcelle, il ne lui reste que quatre ruches. Autour de l’une d’entre elle, des abeilles bourdonnent, mais en l’ouvrant, mauvaise surprise : "comme la ruche était morte, il y a un papillon, la teigne, qui est venu pondre ses oeufs. Les larves mangent la cire et attaquent même le bois." Au milieu des chrysalides, un tout petit essaim sauvage s’est réinstallé, mais il n'est pas sûr qu’il survive. "Ça m'est arrivé plusieurs fois d'avoir de jolis essaims, explique Olivier Fourcade, mais qui étaient morts à la sortie de l'hiver."

Cocktail mortel

La mortalité est difficile à expliquer. "C'est compliqué de savoir de quoi ça provient. Ce qui est assez surprenant, c'est que c'est parfois en plein milieu des bois qu'il y a d'énormes pertes, alors qu'on pensait être tranquille."

L'explication est pourtant toute trouvée pour Maurice Douteau, le président du groupement de défense sanitaire apicole de Charente-Maritime.

Lorsqu'on fait des analyses précises de cire, on trouve des herbicides, des insecticides et des fongicides dont la combinaison peut être jusqu'à 7 000 fois plus dangereuse pour les abeilles que la molécule seule.Maurice Douteauà franceinfo

En France, la loi prévoit d'interdire l'utilisation des néonicotinoïdes à partir du 1er septembre prochain. Ces pesticides s'attaquent au système nerveux des abeilles qui ne savent plus retrouver leurs ruches et meurent.

"Mais ce qu'il faudrait, explique Maurice Douteau, c'est que toute autorisation de mise sur le marché soit faite avec des molécules dont aucune étude ne soit passée sous silence. Ce qui actuellement, grâce aux lobbys, se fait."

Maurice Douteau, président du groupement de défense sanitaire apicole de Charente Maritime (à gauche) et l\'apiculteur Olivier Fourcade dans un rucher près de Montlieu-la-Garde, le 6 juin 2018.
Maurice Douteau, président du groupement de défense sanitaire apicole de Charente Maritime (à gauche) et l'apiculteur Olivier Fourcade dans un rucher près de Montlieu-la-Garde, le 6 juin 2018. (FARIDA NOUAR / FRANCEINFO)

Quand il a commencé en 1999, Olivier Fourcade avait 300 ruches. Aujourd’hui il ne lui en reste plus que 50. "C'est décourageant. On adore ce métier mais on ne peut plus en vivre." Alors il cultive aussi des céréales. D’autres apiculteurs charentais ont eux décidé de tout arrêter.

Le reportage de Farida Nouar.
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