Néonicotinoïdes : "Il y a plein de méthodes alternatives pour cultiver la betterave", assure un chercheur

Le chercheur au CNRS, Jean-Marc Bonmatin, s'oppose sur franceinfo au projet de loi visant à réautoriser les néonicotinoïdes, notamment pour la culture de la betterave.

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Arrachage de betteraves en Limagne, à Ménétrol (Puy-de-Dôme), le 1er octobre 2019. (CLAUDIE HAMON / FRANCE-BLEU PAYS D’AUVERGNE)

Les députés examinent à partir de ce lundi un projet de loi visant à autoriser par dérogation les néonicotinoïdes à nouveau pendant trois ans. Ces pesticides, décriés pour leurs effets sur l'environnement, avaient été en partie interdits à partir de 2016, et définitivement en 2020. Néanmoins, ils sont réputés pour lutter efficacement contre la jaunisse de la betterave, transmise par des pucerons, qui fait des ravages cette année sur la production française. Pourtant, "il y a plein de méthodes alternatives qui permettent de cultiver la betterave", assure Jean-Marc Bonmatin, chercheur pour le CNRS, invité de franceinfo ce lundi 5 octobre, et opposé à la réintroduction du produit.

Une course à la rentabilité

"La culture de la betterave n'est pas alliée avec les néonicotinoïdes", explique le chercheur. "C'est une culture ancienne et traditionnelle". Face au retour possible des néonicotinoïdes, Jean-Marc Bonmatin accuse surtout la course à la rentabilité. "Le problème, c'est que les betteraviers font aujourd'hui face à une concurrence effrénée des pays de l'Est et de l'Amérique latine. Ils sont amenés à essayer de produire le moins cher possible et les néonicotinoïdes permettent ce type de productions intensives".

"Je comprends le souci des betteraviers" affirme Jean-Marc Bonmatin mais ajoute que ce n'est selon lui "pas la mort de la filière", dont la production est menacée à hauteur de "10 ou 15%", alors qu'elle a été "multipliée par deux ou par trois sur les 30 dernières années". "Je pense qu'il vaudrait mieux aider les betteraviers à passer ce mauvais cap plutôt que de réintroduire des néonicotinoïdes, qui ont été interdits au bout de 20 ans de recherches et sur décision des parlementaires en 2016".

Des pesticides dangereux pour l'environnement et la santé humaine

Jean-Marc Bonmatin rappelle les effets néfastes du produit sur l'environnement. "Ils se débarrassent de tous les ravageurs bien sûr. Mais ce faisant, ils contaminent l'environnement gravement et la biodiversité en souffre également". Les néonicotinoïdes sont d'ailleurs connus pour être particulièrement néfaste aux abeilles. "Et il y a aussi des impacts sur la santé humaine !", explique le chercheur.

On lance l'alerte en disant attention avant de réautoriser les néonicotinoïdes. Il faut peser le pour et le contre et le contre nous semble l'emporter.

Jean-Marc Bonmatin

à franceinfo

Ces pesticides peuvent être retrouvés pour les plus résistants 30 ans après leur dernière utilisation, et se retrouve dans toute l'alimentation. "Les néonicotinoïdes ont eu un tel succès commercial que 100% quasiment de la nourriture qui est produite dans le monde en contient", alerte-t-il. "Nous avons publié récemment une étude qui montre que 50% de la nourriture dans le monde qui en comporte est au-dessus du seuil de danger pour le public. Donc, je vous mets au défi de faire un seul repas dans l'année sans en consommer, que ce soit dans les fruits, dans les légumes, dans les boissons, le vin et même l'eau", détaille Jean-Marc Bonmatin.

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