Mesures face à la sécheresse pour les agriculteurs : "C'est largement insuffisant"

Selon le directeur d'un cabinet spécialisé dans la gestion des marchés agricoles, ces mesures ne font "que reporter le problème".

Un troupeau de vaches dans le Puy de Dôme (illustration).
Un troupeau de vaches dans le Puy de Dôme (illustration). (?THIERRY LARRET / MAXPPP)

Le ministre de l'Agriculture va demander le versement de 70% des aides de la PAC en octobre, ce qui représente une avance de trésorerie d’un milliard d’euros, pour aider les agriculteurs face à la sécheresse. "C’est largement insuffisant", a regretté lundi 22 juillet sur franceinfo Michel Portier, directeur général d’Agritel, cabinet spécialisé dans la gestion des marchés agricoles et agroindustriels. La sécheresse touche une très large partie de la France, 73 départements sont concernés par des restrictions d'eau. Un phénomène accentué par la nouvelle canicule de cette semaine.

franceinfo : Les aléas climatiques de ces dernières semaines ont-elles déjà des répercussions sur les prix en France ?

Michel Portier : Pour l’instant, très peu sur les prix. Les premières récoltes que l’on a sont des récoltes semées à l’octobre dernier : les cultures d’hiver, principalement le blé et les orges. La vague de chaleur est arrivée suffisamment tard pour ne pas impacter ces premières cultures. Là où on aura un impact très fort, ce sera sur les cultures de printemps, on pense notamment au maïs et sur les fourrages. Le maïs étant principalement destiné à la filière élevage, ce sont les éleveurs qui seront certainement les plus impactés par cette vague de chaleur.

Je ne suis pas certain que cela se voit sur les marchés et supermarchés parce que l'impact du prix de la matière première au niveau de l’étalage du consommateur est très faible. Le prix du blé ne rentre qu’à hauteur de 7% du prix d’une baguette de pain. Les impacts les plus forts seront directement auprès des agriculteurs et je pense principalement auprès des éleveurs. Sur la viticulture, ce sera disparate selon les régions. Il y a des régions qui ont déjà souffert de la grêle au printemps dernier. Il y a un dicton, où l’on dit toujours que c’est le mois d’août qui fait le mou. Il faudra donc surveiller de très près les conditions climatiques au mois d’août pour pouvoir mesurer réellement l’impact sur la viticulture. Il y aura, ça c’est certain, un impact sur la quantité, mais sur la qualité on ne le saura que fin août.

En plus de l'avance de trésorerie, le ministre de l'Agriculture va autoriser le fauchage des terres en jachère pour nourrir les animaux. Ces mesures d'urgence sont-elles suffisantes pour sauver des récoltes ?

Bien entendu que c’est largement insuffisant. Les agriculteurs reçoivent des aides de la PAC pour essayer de gommer un petit peu le différentiel de compétitivité qu'on peut avoir avec d’autres pays qui ont moins de contraintes environnementales. Au lieu de toucher ce milliard d’euros au 15 novembre, ils vont le toucher le 15 octobre. On avance d’un mois la trésorerie, on ne fait que reporter le problème. On a de plus en plus d’adversité climatique avec une volatilité importante : lorsqu’il pleut, il pleut beaucoup, lorsqu’il fait sec, il fait de plus en plus sec.

On a des écarts de températures, des écarts de pluviométrie fantastiques. Il faut s’attendre à de plus en plus de volatilité, tant sur la production que sur les cours. Il va falloir s’y adapter d'un point de vue du progrès génétique et de la gestion des ressources des eaux. Il va falloir être en mesure par exemple de construire des barrages ou des réservoirs d’eau pour pouvoir capter cette eau qui tombe en abondance par moment et qui fait défaut à d’autres.

Existe-il des mécanismes aujourd’hui pour empêcher la flambée des cours, la volatilité des prix ?

Oui, notamment assurantiel. On va de plus en plus vers des outils d’assurance : assurance en termes de rendement, puisqu’on aura des rendements de plus en plus volatiles et assurance au niveau prix. On s'en va de plus en plus vers le développement d’outils tels que des assurances revenus pour faire face à cette volatilité.