Les maires sont dans leur rôle en adoptant des arrêtés antipesticides dans leurs villes, affirme le secrétaire général de l'AMF

"Nous, les maires qui avons pris cette initiative, avons considéré qu'il s'agissait des affaires de la commune", a affirmé Philippe Laurent.

De fausses bouteilles de glyphosate en soutien au maire de Langouët, jeudi 22 août.
De fausses bouteilles de glyphosate en soutien au maire de Langouët, jeudi 22 août. (SEBASTIEN SALOM-GOMIS / AFP)
#AlertePollution

Rivières ou sols contaminés, déchets industriels abandonnés… Vous vivez à proximité d’un site pollué ?
Cliquez ici pour nous alerter !

Le maire de Langouët (Ille-et-Vilaine), au nord de Rennes, comparaît jeudi 22 août devant le tribunal administratif pour avoir pris en mai un arrêté interdisant l'usage de pesticides près des habitations afin de "protéger la santé" de ses administrés.

"Nous considérons que l'utilisation de ces types de produits représente un véritable danger pour la santé de nos concitoyens", a appuyé sur franceinfo Philippe Laurent, secrétaire général de l'Association des Maires de France (AMF), qui a pris une décision similaire dans sa ville de Sceaux.

franceinfo : Sur quel fondement avez-vous basé l'interdiction des pesticides dans votre ville ?

Philippe Laurent : Nous sommes une vingtaine de maires à avoir pris ces initiatives. Vous constaterez que c'est vrai en milieu rural, comme à Langouët mais aussi en milieu urbain, comme à Sceaux, à Gennevilliers, ou encore à Dijon. C'est un fondement de santé publique, simplement. Nous considérons que l'utilisation de ce type de produits représente un véritable danger pour la santé de nos concitoyens (...) Nous, les maires qui avons pris cette initiative, avons considéré qu'il s'agissait des affaires de la commune. Pour ce qui concerne une ville comme Sceaux, ce sont les copropriétés qui peuvent poser problème, ainsi que l'utilisation de ces produits par les transporteurs, comme la SNCF, ou la RATP.

Il n'y a aucune preuve irréfutable de la dangerosité du glyphosate ou autres pesticides. Vous appliquez donc un principe de précaution ?

Oui. Il n'y a aucune preuve, mais les études vont dans un certain sens en majorité. De toute façon, le débat a eu lieu à l'Assemblée, et on a bien vu que le Parlement allait dans ce sens. Sauf que nous considérons qu'il ne va pas assez vite, qu'il faut aller plus vite et surtout inciter fortement les utilisateurs actuels de ce produit, et notamment les copropriétés.

Il y avait une faille dans la loi Labbé [qui vise à mieux encadrer l'utilisation des produits phytosanitaires sur le territoire national], parce que c'est interdit dans les espaces publics déjà depuis plusieurs années, c'est interdit pour les particuliers mais dans les copropriétés, il y a une faille dans la loi qui nous paraît poser problème. Dans une ville comme Sceaux, à part le parc de Sceaux qui n'utilise plus ce type de produits depuis longtemps, les principaux espaces publics verts sont des espaces de copropriété. C'est tout à fait intéressant et agréable, mais encore faut-il que les gestionnaires de copropriété franchissent ce pas. Pour être tout à fait honnête, ils le font de manière très majoritaire, donc il s'agit de demander une accélération de la suppression de ces produits sur l'ensemble du territoire.

Beaucoup d'agriculteurs sont installés près de Langouët, mais il n'aurait pas négocié avec eux pour prendre son arrêté. Est-ce un problème ?

Je pense que le maire de Langouët a réagi de manière un peu forte, mais pour aussi attirer l'attention. Nous verrons bien ce que dira le tribunal, ça va être très intéressant. On verra s'il prend en considération les arguments de santé publique qui sont développés par le maire. En ce qui me concerne, je n'ai pas encore fait l'objet d'un déféré devant le tribunal administratif. Le préfet m'a écrit il y a quelques semaines pour me demander de retirer l'arrêté, nous ne l'avons pas retiré pour l'instant. J'attends de voir quels seront les arguments qui seront développés par le tribunal administratif dans cette affaire de Langouët. L'important c'est que nous ayons posé la question, le débat. C'est déjà quelque chose de positif en ce qui nous concerne.

Ça ne vous pas problème qu'un maire décide seul, dans son coin, outrepassant les règles ? Vous estimez que vous êtes dans votre rôle ?

Je ne suis peut-être pas dans mon droit si l'on prend les choses de manière stricte, mais je pense que, nous les maires qui ont pris ces initiatives, sommes dans notre rôle qui est tout d'abord d'attirer l'attention de l'ensemble des pouvoirs publics et des observateurs, comme les médias. Les maires vont au-delà de la simple gestion administrative des choses et qu'ils sont des élus, au suffrage universel, de la République et qu'en ce sens, ils ont à cœur d'attirer l'attention sur tout ce qui peut menacer l'avenir de leur territoire et de leurs habitants. C'est un rôle politique majeur.