"Les éleveurs sont à bout" : la colère monte face à la recrudescence des attaques d'ours dans les Pyrénées

Un rassemblement pour dénoncer les attaques d'ours est prévu mardi devant la préfecture de région à Toulouse à l'appel du conseil départemental, de la chambre d'agriculture et de plusieurs élus ariégeois.

Depuis le début des réintroductions en 1996, on estime qu’il y a aujourd’hui près d\'une cinquantaine d’ours dans les Pyrénées. Image d\'illustration d\'un ours brun d\'Europe.
Depuis le début des réintroductions en 1996, on estime qu’il y a aujourd’hui près d'une cinquantaine d’ours dans les Pyrénées. Image d'illustration d'un ours brun d'Europe. (PHILIPPE CLEMENT / MAXPPP)

Jamais l’ours n’avait fait autant de dégâts dans les Pyrénées. Cette année, 638 brebis ont été tuées, presque trois fois plus que l’an dernier à la même période. Des élus ariégeois sont appelés par des responsables locaux anti-ours à "manifester leur colère" à Toulouse mardi 6 août, pour réclamer le retrait des ours. 

Le bilan 2019 a été alourdi par deux dérochements cet été. Le troupeau de Jean-Pierre Mirouze, à Aston, en a été victime : 265 brebis sont tombées de la falaise, effrayées par le prédateur. 187 d'entre elles appartenaient à Jean-Pierre Mirouze, qui se souvient : "Quand Jean-Marc, un de mes frères, s'est réveillé le matin aux aurores, il a compris que quelque chose c'était passé, parce qu'il ne voyait plus le troupeau."

195 euros par brebis tuée

En cette année particulièrement meurtrière, l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) étudie 214 dossiers, contre 167 l’an dernier à la même époque. Ce sont des années de travail perdues, affirme Jean-Pierre Mirouze. "Pour fabriquer un troupeau, il faut toute une vie, assure l'éleveur. Il faut compter dix, quinze ans de sélection, habituer les animaux à l'exploitation, habituer les animaux à l'estive. Ça ne se fait pas comme ça, du jour au lendemain. Alors oui, on nous dit, 'de toutes façons vous êtes indemnisés.' Mais cet argent-là ne remplace jamais les animaux qu'on a connus, qu'on a fait naître, qu'on a soignés."

On est anéantis, impuissants. C'est un crève-cœur, c'est un dégoût, c'est de la colère, c'est de la haineJean-Pierre Mirouze, éleveur de brebis

L'éleveur est indemnisé 195 euros par brebis tuée, mais il manque encore une centaine de bêtes, introuvables, pour lesquelles il ne sera pas indemnisé. Pour lui, les mesures de protection et d'effarouchement ne sont pas efficaces. Il demande le retrait total des ours des Pyrénées. 

"J'ai peur d'un drame humain" 

Face aux attaques qui se multiplient, éleveurs et élus en ont ras-le-bol, explique Alain Servat, président de la fédération pastorale de l’Ariège. "On les voit en permanence, les éleveurs. Ils sont dans un désarroi, ils sont dans une colère. Ils passent par plusieurs étapes, qui font qu'aujourd'hui, j'ai peur d'un drame humain", prévient-il. "Je sens que les éleveurs sont à bout, ils n'ont pas de réponse, poursuit Alain Servat. On a un problème, mais personne ne répond au problème. Ou on répond par des mesurettes qui ne marchent pas. Moi je dis clairement aujourd'hui, c'est le retrait qui réglera la problématique, c'est tout.

Depuis le début des réintroductions en 1996, on estime qu’il y a aujourd’hui près d'une cinquantaine d’ours dans les Pyrénées.

Un reportage d'Emeline Ferry
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